Le commerce internationnal de Fabula

Fabula est un monde composé de 12 nations bien distinctes, qui ont chacune leurs façons de voir le commerce international. La plupart ne commercent que des productions intemporelles, c’est-à-dire des matières premières qui ne sont pas liées à une époque, et c’est tout, car autrement cela rentrerait en contradiction avec leurs modes de vie. Et encore, certaines n’ont aucun contact avec l’extérieur, et sont complètement (ou partiellement) autosuffisantes. Pourtant, une partie des pays de Fabula s’est lancé dans le commerce international peu après leur création, pour répondre à leurs besoins et envoyer un message fort de coopération et un exemple idéologique : Célestia, Loisiria, Atolcost et CloakHoover.

1 - Le CGCF

Célestia, Loisiria, Atolcost et CloakHoover sont membres de ce qu’on appelle le CGCF (Conclave des Grands Commerçants de Fabula). Présidé par Johanna - on ignore laquelle - ce club privé est composé des nations qui peuvent conjuguer leur mode de vie, leur époque et leur mode de production avec un semblant de commerce international à double sens. Certaines nations y participent partiellement, notamment Nostalgian en fonction des districts, et d’autres comme Mysandria et Eugénium entretiennent des relations pas toujours claires avec ce système.

Les membres exportent et importent dans un commerce des plus lucratif et intéressant, fluctuant au gré des taux de change monétaires et des balances commerciales (en général en faveur des pays du futur). Là où les autres nations ont tendance à exporter ou importer quasi exclusivement des matières premières, les produits manufacturés sont des vecteurs de commerce de premier ordre pour le CGCF, car ils entraînent toute une chaîne de production qui nécessite travailleurs, matières premières, transport, etc… C’est tout un pan de développement économique qui repose sur ces échanges. Un pays comme CloakHoover se définit par des manufactures et des usines, des mines, et des inventions farfelues, mais sa production serait bien excédentaire à ses besoins si elle n’en exportait pas une partie. De même, Célestia ayant pour crédo d’épargner les travaux pénibles ou répétitifs, peu de gens y sont enclins à l’usinage volontaire. Ainsi, un équilibre est trouvé entre ces nations, et même s’il est parfois injuste ou cruel, ce marché mondial permet aussi d’assurer à tous les pays les ressources nécessaires à des modes de vie parfois irréalisables s’ils restent isolés.

À l’international, le CGCF remplit également une fonction de régulateur et de conseiller aux nations sur les sujets économiques et monétaires. Puisqu’y siègent la majorité des pays, ainsi que plusieurs personnalités indépendantes, le conclave occupe une position relativement neutre, et se préoccupe principalement de l’économie mondiale, pour y conserver un semblant de croissance, et lui permettre de se développer. Il conseille entre autres sur la masse monétaire et les taux de change, sur les contrôles des flux de capitaux, et les différentes politiques monétaires de chaque pays. Le CGCF vise dans l’idéal une croissance mondiale lente mais fiable, avec une inflation faible et stable. La stabilité est l’élément nécessaire à toute projection dans l’avenir, aussi le conclave vise en priorité à éviter des remous, bulles spéculatives et autres crises d’inflation trop rapides causées par exemple par le doyen Rupert et sa génération infinie de monnaie.

Malgré cela, le CGCF demeure un organisme dénué de réelle force politique. Aucun traité, aucune loi, ne force les pays de Fabula à appliquer ses processus et ses conseils économiques, et d’ailleurs plusieurs d’entre eux ignorent copieusement ses recommandations. Il faut dire que l’économie de marché ne plait pas partout. Fort-Brillant, Eugénieum et d’autres encore ont leur propres assemblées de chercheurs et politiques qui les conseillent sans passer par l’annexe de l’APF qu’est le CGCF (selon eux du moins).

2 - Les Grands Commerçants de Fabula

Au cas par cas, voici les différents enjeux qui régissent les 4 membres principaux du CGCF. Bien entendu, ils sont tous à même de participer à tous les aspects du commerce international, mais chacun semble subir ses propres difficultés, tout en ayant des points forts qui n’excluent pas pour autant les autres nations.

A - L'industrie CloakValienne

CloakHoover repose sur un équilibre constant entre revendications sociales et productivité des entreprises. Patrons, politiciens et syndicats valsent en permanence pour garantir une production tout en protégeant les droits des travailleurs. La culture du compromis est décriée à l’étranger pour sa lenteur et la lutte constante qu’elle impose, mais c’est probablement la démocratie la plus vivace de Fabula. Hélas, dans les faits, les grandes industries, les manufactures et les ingénieurs du pays à vapeur souffrent malgré cette force démocratique d’une concurrence internationale très rude, mettant parfois à mal leur système social. Leurs choix technologiques et sociétaux sont certes d’une créativité et d’une beauté sans pareil, mais ils demeurent bien moins productifs et efficaces que leurs voisins du futur, Atolcost en tête. Ainsi le commerce international menace régulièrement les entreprises les moins productives, et le patronat doit sans cesse chercher à améliorer sa productivité pour rester compétitif avec les produits du futur qui sont vendus de par le monde. Une bonne partie des productions de CloakHoover sont ainsi exportées, le pays disposant de larges ressources.

De ce fait, concrètement, entre les fluctuations du marché et la concurrence étrangère, les patrons grattent tout ce qu’ils peuvent tout en négociant avec les syndicats. Leurs atouts commerciaux sont davantage axés sur la diversité de leurs produits et sur la qualité qu’ils offrent, ainsi que sur leur aspect. Mais concrètement, Atolcost dicte les règles du marché des exportations.

B - Les entreprises de Célestia

Célestia est LE pays de la start-up, où chacun peut proposer des idées, trouver des financements et monter son entreprise, grâce à des pouvoirs publics généreux. Tout dans l’idéologie de la nation favorise l’esprit d’entreprise, l’initiative et la poursuite de ses rêves, pour tout le monde. Cependant, si en interne ces entreprises fleurissent sans grands soucis, à l’international leur taux d’échec avoisine les 95%, mais les conséquences de ces faillites ne retombent jamais vraiment sur le pays ou ses habitants, protégés par le doyen et ses pouvoirs fabuleux. Ces start-up qui se fracassent sur le marché ont souvent, voire presque toujours, pour lieu de production d’autres nations, qui elles ont à encaisser les cessations de commandes, les retards de paiement voire les faillites prématurées.

Les dédommagements du gouvernement Célestiais alimentent ce marché des pertes, mais ce système a tendance à dégénérer, entre arnaques à l’assurance et faux semblants. De plus, un chèque de compensation est certes louable, mais il ne permet pas forcément de retrouver un travail, des employés ou des commandes. Ça a un coût, de laisser n’importe qui tenter n’importe quoi à des prix parfois colossaux pour réinventer la roue ou proposer à Hivrian un moteur wifi qui fonctionne à l’eau. Célestia alimente le reste du monde en capitaux, le plus souvent via ces entreprises qui vont et viennent, au risque parfois de créer des bulles spéculatives chez ses habitants, ou de provoquer des remous inattendus sur la gestion de la masse monétaire. Ainsi, étudier l’économie à Célestia revient à prier chaque jour que le doyen ne fasse pas n’importe quoi avec les ressources qu’il génère sans contreparties. D’ailleurs, on tire régulièrement la sonnette d’alarme sur ce système politico-économique qui repose exclusivement sur le caractère quasi “divin” du Doyen, de qui on ne peut absolument pas se passer.

C - Loisiria, la nation du Tertiaire

Des quatre grands membres du CGCF, Loisiria est celui qui produit le moins de biens matériels, et qui importe le plus. La nation pour touristes achète à peu près tout, et ses seules exportations sont des produits manufacturés faits main par des vacanciers, chapeaux de paille en tête. Les secteurs primaires et secondaires y sont quasi inexistants car la majorité des habitants permanents travaillent dans le tertiaire : hôtellerie, restauration, animations, et tout ce qui gravite autour. Loisiria est en situation de plein emploi, grâce à d’une part des besoins en petit personnel non-qualifié exorbitants, et d’autre part une législation qui encourage les contrats courts, les auto entrepreneurs et les micro entreprises. On appelle d’ailleurs ce phénomène de précarisation de l’emploi la J.O. (Johanna’s Opportunity), phénomène qui essaye de s’importer mais qui a du mal, étrangement, à convaincre de son bien fondé autre que purement économique. Le pays vit et meurt par sa fréquentation touristique, et glane les ressources de ses voisins, en incitant leurs habitants à les dépenser sur une plage de sable fin (tassé à la main) ou dans des restaurants exotiques (cuisinés sur place).

D - Atolcost et le Commerce de l'Enseignement

Enfin, Atolcost serait la nation la plus avancée à tous points de vue. Technologie en premier lieu, mais aussi organisation sociale (rigide, et d’une redoutable efficacité), capacité militaire, productivité, politique, rien ne résiste au pays du Futur. Malgré un territoire hostile et peu prospère, Atolcost pèse lourd dans le commerce international, grâce entre autres à ses écoles supérieures. La majorité de la classe dirigeante des pays de l’APF a étudié au moins un peu à Atolcost, permettant une diffusion toujours plus vorace de ses idées sociétales, et d’ailleurs une partie des grands diplômés Atolcostien ont choisis de faire leur service militaire en allant enseigner à l’étranger. L’immense diffusion du savoir et de la philosophie du futur trouve des échos partout dans le monde, et a tendance à provoquer des remous dans les nations dont l’ordre social est très différent, notamment sur le continent du passé. Le meilleur exemple est d’ailleurs la guerre civile de Fort-Brillant causée par le prince cherchant à moderniser son pays.

Les usines robotisées d’Atolcost sont les plus productives du monde, et démocratisent les toutes dernières découvertes des ateliers du futur. Cependant, la majorité des habitants travaillent hors des fabriques, dans des secteurs tertiaires où la robotisation a éliminé les travaux pénibles. Bien que le Major exerce toujours un fort contrôle sur l’armement et les communications développées à Atolcost, la majorité des productions sont laissées à la fantaisie des ingénieurs de tout Fabula. L’espionnage industriel est ainsi (avec la cybersécurité) l’enjeu de sécurité majeur chez les nations du futur, car la course à la technologie auxquelles ils se livrent pourrait déboucher sur une escalade à l’armement. Enfin, il faut mentionner que le marché interne Atolcostien est beaucoup alimenté par les secteurs de Recherche & Développement (R&D), et l’obsolescence des nouveaux outils est bien plus rapide qu’ailleurs. Puisqu’il faut aller toujours plus loin, l’évolution constante pousse à changer régulièrement pour le plus récent, ce qui fait rugir certaines associations écologistes. Ainsi, à Atolcost, le marché comme la philosophie nationale poussent à l’excellence et au dépassement, au risque bien souvent de créer une concurrence artificielle entre ses acteurs, et des rivalités fortes avec les autres nations aux besoins et envies moins expansives. Ils appellent cela le prix du progrès.

3 - Les Producteurs Hors-Circuit

A - Le cas particulier de Fort-Brillant

Vous l’aurez remarqué, nous n’avons que peu parlé de Fort-Brillant, pourtant le pays moyenâgeux est l’un des plus grands exportateurs de Fabula ! Sa production agricole est incomparable avec celle de n’importe quel autre continent, et bien que sa politique stricte vis-à-vis du présent et du futur bloque l’usage de tout confort moderne pour la population, ce sont les paysans qui nourrissent littéralement et monétairement tout le monde là-bas, tout en étant assez peu valorisé par le pouvoir. Le Garde-Manger de Fabula a déjà permis d’éviter plusieurs famines, et présente la variété agricole la plus grande du monde. Il est très complexe de concurrencer une telle production, même avec des méthodes futuristes (OGM, robotisations, etc…), tout simplement car la surface agricole est incomparable, et la population qui s’y dédie excède largement à elle-seule toute la population d’Atolcost ou de Célestia.

Fort-Brillant exporte ainsi en quantité, mais son refus obsessif d’importer des produits qui jureraient avec son époque (souvent critiqué en interne d’ailleurs) empêche tout échange de biens ou de services avec le CGCF. Le pays est d’une taille telle qu’il peut s'auto alimenter en interne, ses différentes régions commerçant entre elles et avec l’extérieur à leur façon, dans le respect de la temporalité. Bien sûr, rien n’est exclusif, et Fort-Brillant conserve la possibilité d’importer ce dont ils pourraient ponctuellement avoir grand besoin, en temps de guerre par exemple. Mais il est indéniable que le commerce international de Fabula est loin d’être absolu comme il pouvait l’être dans l’ancien monde, car il est toujours possible de s’en couper. Toutefois, de plus en plus de voix s’élèvent contre cette coupure, et tentent dans les pays réfractaires de faire émerger des idéaux plus mondiaux, qui transcendent les frontières pour collaborer à l’international au-delà de l’APF.

B - Déséter

Techniquement parlant, Déséter est le continent le plus riche de Fabula. Il concentre l’immense majorité des ressources en hydrocarbures, métaux rares, bois, charbon, sable, et plus ou moins tout ce qui se mine, coupe, fond ou puise. Si certains pays comme Clockhoover ou Westphalian présentent eux aussi des ressources naturelles larges et exploitables, aucun n’en regroupe une telle diversité dans un territoire si vaste. Les entreprises publiques comme privées du monde entier s’arrachent les droits d’exploitations des divers filons miniers ou des puits de pétrole, dans une concurrence rude et impitoyable qui cause chaque année des tensions immenses entre les nations exploitantes. Atolcost se bat avec Eugénium pour les mines de métaux rares indispensables à la robotique et à l’informatique, par exemple. L’APF peine à se faire pleinement respecter sur ce continent, et les rares habitants souvent immigrés défendent bec et ongle leurs propriétés, cherchant à commercer avec les plus offrants seulement.

Cependant, cette concurrence rude est à mettre en perspective, car au fond le principal obstacle à l’exploitation de Déséter, c’est l’environnement. Le climat y est quasi invivable, la faune d’une diversité (et d’une agressivité) inégalable, et le manque de documentation sur le relief empêche de facilement s’y implanter. Les pertes occasionnées par les éléments sont souvent trop lourdes pour des entreprises trop petites, et limitent l’accès au marché par ce biais. C’est un combat de géants, de superpuissances et de méga corporations qui se livre sans cesse sur le continent de l'Été. D’ailleurs, la soudaine vague de chaleur qui a frappé Déséter s’est immédiatement répercutée sur le coup de l’énergie et des matières premières sur le marché mondial, donnant lieu à une hausse généralisée des prix et du chômage au grand déplaisir des populations.

Conclusion

La notion de mondialisation a beaucoup évolué depuis l’ancien monde, et est désormais bien moins libre et puissante qu’elle ne le fut autrefois. Sur Fabula, elle se cantonne au commerce d’une poignée de productions, sous un contrôle très appuyé des Etats. Toutefois, certaines nations se sont prêtés au jeu, et ont accepté les conséquences qui vont de paire avec un marché ouvert. Fondant ainsi le CGCF, CloakHoover, Célestia, Loisiria et Atolcost sont les plaques tournantes d’un commerce international aux multiples facettes, qui permet la libre circulation des biens de consommation, matières premières, personnes et flux de capitaux. Chaque nation arbore alors ses forces et ses points de tension, mais est parvenue à trouver un équilibre qui bénéficie à tous. Une forme d'interdépendance partielle s’est installée entre ces nations, les reliant irrémédiablement et profondément, malgré leurs sociétés différentes. Certains y voient une faiblesse et une soumission des peuples au libéralisme économique, mais d’autres au contraire y trouvent opportunités et marques de confiance des nations envers leurs voisins, et une preuve que l’humanité a dépassé l’ancien libéralisme pour accoucher d’une forme nouvelle, plus sûre et plus bénéfique.

Malgré tout, les aléas indissociables liés à un marché mondial continuent de diviser, sur la façon dont il faut les gérer, les éviter et s’en prémunir. Certains pays se syndicalisent contre la concurrence, d’autre alimentent à l’infini leur marché, mais tous s’allient quand il le faut pour se protéger de menaces et de crises planétaires qui pourraient détruire ce précieux équilibre trouvé entre l’ancienne mondialisation et la souveraineté diverse propre à Fabula, entre le monde passé et le monde présent en somme.