Un Joyeux Anniversaire

Comme chaque matin, la première chose qu’Astro vit en se réveillant fut le plafond blanc et aseptisé de sa chambre d’hôpital. Se relevant légèrement, la couverture glissa laissant à l’enfant un aperçu de son corps mécanique. Cette vue créa chez Astro un sentiment d’angoisse et de dégoût.

Rapidement, celui-ci sortit du lit, enfilant un t-shirt aux longues manches et des gants, cachant ainsi toutes les parties mécaniques de son corps. C’était un début de journée comme tous les autres pour Astro, bien qu’en réalité un un peu spécial, car c’était son douzième anniversaire.

Très vite après son réveil, un médecin équipé d’une tenue stérile complète entra dans la chambre tenant un plateau. Dessus se trouvait un petit déjeuner sommaire.

« Bonjour Alestro. Comment allez-vous aujourd’hui ? »

Le médecin parlait d’une voix calme, tout en déposant le plateau sur le lit. La réponse d’Astro fut courte et dite d’une voix polaire.

- « Bien. »

Habitué au tempérament froid d’Astro, le médecin poursuivit d’une voix toujours calme.

- « Bien ; voulez-vous qu’on s’occupe des examens maintenant ou après le petit déjeuner ? »

Astro dut retenir une grimace. Les examens quotidiens étaient de loin la chose qu’il détestait le plus. Il lorgna sur le petit déjeuner. Puis, décida qu’il valait de toute façon mieux se débarrasser de ces derniers au plus vite.

- « Les examens d’abord. »

- « Très bien »

Rapidement, le médecin partit chercher tous les instruments nécessaires.

La demi-heure qui suivit fut loin d’être agréable pour Astro. Mais rapidement le médecin fut satisfait des résultats et quitta la chambre. Le jeune homme, de nouveau seul, s’empara de son petit déjeuner et alluma la télévision sur Canal6, la chaine info. Il tomba sur une publicité.

« Dès maintenant, venez découvrir la nouvelle attraction de Loisirialand : le Vomitron. Avec ses 7 loopings et ses descentes vertigineuses, le Vomitron est le nouveau grand huit de Loisiria ! »

Cette réclame passait souvent à la télévision en ce moment et Astro l’aimait beaucoup. Il s’imaginait de plus en plus déambuler dans un parc d’attractions. En réalité, cela était même la première chose sur sa liste des choses à faire une fois qu’il pourrait sortir. Il irait certainement à Loisiria, dès que cela lui serait possible.

Très vite, la pub laissa place à un documentaire sur la dernière Tempus Belli. Astro finit son petit déjeuner devant et rapidement éteignit la télévision. Ouvrant son ordinateur portable, il commença à travailler sur son dernier projet en cours. Le concours G.A.I.A. Junior était dans quelques mois et il voulait y présenter une nouvelle innovation. Ne voyant pas le temps passer, toute la matinée s’écoula sans qu’il ne s’en rende compte.

C’est en début d’après-midi qu’ Astro finit par lever la tête de son ordinateur. D’habitude, c’est vers cette heure-ci que les médecins lui apportaient son déjeuner. Mais, lorsqu’il aperçut finalement quelqu’un s’approcher de la vitre ; il ne s’agissait pas d’un médecin. C’était une jeune femme en tenue militaire ; celle réservée aux haut-gradés d’Atolcost. Elle avait des cheveux blancs, coiffés en chignon, bien qu’une longue mèche dissimulait à moitié l’un de ses yeux bleus. Astro l’avait déjà vue. Elle semblait venir l’observer de temps en temps. Ils n’avaient encore jamais discuté, mais leurs regards s’étaient déjà croisés par le passé. Pourtant, aujourd’hui, elle se présenta directement devant la vitre.

Intrigué, Astro se releva et s’approcha jusqu’à lui faire face, se tenant de l’autre côté de la glace. Ils s’observèrent quelques secondes avant que la jeune femme ne se décide enfin à prendre parole.

« Bonjour. Je suis l’Agent Spécial Dugivre. »

La voix avec laquelle elle venait de prononcer ces quelques mots était neutre et parfaitement maîtrisée. Cette voix allait parfaitement avec son apparence et son maintien militaire strict. Pourtant, un détail trahissait : ses yeux. Astro pouvait y lire de la compassion et de l’embarras. Cela l’intrigua légèrement. La compassion, il y était habitué. Il pouvait la lire dans les yeux de tous les médecins qui venait le voir. Mais l’embarras le surprenait.

- « Bonjour, je suis Astro. »

Il était évident qu’elle savait qui il était, mais la politesse voulait qu’il se présente aussi. Un léger silence suivit sa présentation. L’agent Dugivre semblait légèrement mal à l’aise. Elle finit néanmoins par reprendre la parole.

- « Le Major Boldwin m’a envoyé vous voir. Il s’excuse sincèrement d’avoir été dans l’incapacité de venir en personne. Mais des obligations d’une importance capitale ont malheureusement requis toute son attention. Il vous souhaite malgré tout un joyeux anniversaire. »

Ses mots frappèrent Astro aussi violemment qu’un coup de poing en plein ventre. Il ferma les yeux tandis que la colère montait en lui. Il ferma son poing de rage, serra les dents. Il resta comme cela plusieurs longues secondes, prêt à exploser de colère. Puis, rapidement la colère diminua, laissant place à une immense tristesse. Son père n’était pas venu le voir une seule fois depuis son accident il y a près de 10 mois. Il s’était pourtant imaginé qu’il ferait au moins un effort pour son anniversaire. Il dut se retenir de pleurer, se souvenant qu’il y avait quelqu’un en face de lui. Il rouvrit doucement les yeux, recroisant le regard de l’agent Dugivre. Il comprenait maintenant pourquoi elle était embarrassée. Il essaya de parler d’une voix neutre, mais échoua lamentablement.

- « Très bien, je comprends. »

C’était un mensonge. Mais crier ou pleurer ne changerait rien. Un long silence suivi. Aucun des deux ne savait vraiment quoi dire. Pour faire cesser, le moment gênant Astro reprit la parole.

« Je vous remercie pour le message, mais si cela ne vous dérange pas, je vais retourner travailler. »

Devant cette invitation à arrêter la conversation ici l’agent Dugivre parut soulagée.

- « Oui, très bien. Je comprends. Bonne journée à vous Alestro. Et … bon anniversaire. »

Astro se retourna, puis se mit à marcher jusqu’à son lit sur lequel il s’assit. Du coin de l’œil, il put voir qu’il était de nouveau seul. Il sentit alors des larmes commencer à couler sur sa joue gauche. C’était le jour de son douzième anniversaire.