Les personnages liés
Nation
Les conflits ont toujours des conséquences néfastes sur le monde, et les plus impactés sont souvent les moins impliqués…
Si en théorie les états civilisés évitent de s’en prendre aux populations, les guerres à grande échelles ont leur lot de dommages collatéraux, les pertes civiles atteignant des sommets, voire dépassant parfois les pertes militaires. Des organismes neutres existent pour tenter de sauver le plus de vies possible. Et s’il en existe une responsable de la survie de milliers d’enfants, c’est bien la fondation des « Amis de Monsieur Pierre ». Durant la Seconde Tempus Belli, des centaines d’enfants furent extraits du continent d’Hivrian, devenu un véritable champ de bataille. Et parmi ces pauvres âmes mises en sécurité, un petit garçon du pays de Nostalgian, qui ne pouvait que prononcer son nom : Bjorn.
Malheureusement, après un conflit vient le temps des recherches et des retrouvailles, et pour beaucoup, la résignation. On ne retrouva jamais les parents du jeune enfant, leurs corps se trouvant parmi les décombres, comme des milliers d’autres...
Âgé de seulement cinq ans, Bjorn fut confié à un couple volontaire, Howard et Harold McBride. Cela faisait bien longtemps qu’ils rêvaient d’adopter, et ils ne pouvaient rester de marbre devant une telle tragédie. Ils l’élevèrent comme s’il était de leur sang, et grâce à leur immense amour, l’ex-orphelin ne manqua de rien, et les souvenirs douloureux furent remplacés par les moments de joie et d’amour dans sa nouvelle famille établie sur Mysandria.
L’éducation scolaire là-bas est nationaliste et propagandiste, avec un système médiatique et du divertissement inédit au pays. Aucune œuvre audio-visuelle, aucun livre, aucun jouet, ne provenait de l’étranger. Un intranet clos, surveillé, avec ses propres sites et réseaux-sociaux. Mysandria était coupé du monde, et ses habitants ne connaissaient souvent que très peu l’extérieur. Étrangement, une exception a tout de même été faite, avec l’émission de Monsieur Pierre : la seule source non contrôlée par l’État.
À cette époque, Bjorn était un petit garçon souriant, calme, serviable et très social. Il s’entendait avec tout le monde, et ramenait quotidiennement des camarades de classes, des voisins, des enfants rencontrés dans des parcs chez lui pour manger et jouer ensemble. Il commençait à se faire une bonne réputation, jusqu’au jour fatidique où sa belle vie bascula à nouveau…
La Morale. Pas la différence commune entre le bien et le mal, celle avec un grand « M ». Un pouvoir, se manifestant sur une partie des individus à un moment aléatoire, pouvant ou non se contrôler. Voilà des décennies que des chercheurs se penchent dessus, mais encore aujourd’hui nous sommes loin d’avoir tout compris sur le sujet. Parfois, cela engendre un grand pouvoir, parfois un bien moins utile.
Parfois, il apporte la joie à son propriétaire, parfois le malheur. Pour Bjorn, ce fut cette dernière option. L’intimidation. Déjà très grand pour son âge, et avec une musculature assez élevée, il imposait le respect. Mais avec sa Morale, ce fut la peur que son entourage ressentit. Il dégageait en permanence une aura intimidante, mais ceux qui croisaient son regard se voyaient alors pris d’une frayeur immense ; un sentiment d’impuissance, de crainte, comme s’ils avaient vu non pas un humain, mais un monstre. Les plus faibles d’esprit pouvaient même perdre le contrôle, n’arrivant plus à bouger ou s’exprimer, comme pétrifiés sur place. Pour une raison obscure, cela impactait uniquement les adultes et adolescents proches de la majorité Célestiaise. Mais, ce nouveau pouvoir - pouvant se montrer utile - n’apporta que le malheur et la désolation pour Bjorn…
Les parents refusèrent qu’il s’approche de leurs bambins, même ses amis d’enfances furent éloignés. Petit à petit, l’enfant social, à peine âgé de 14 ans, fut isolé, coupé de toute interaction amicale. On le fuyait, on parlait dans son dos. Suite à la demande de tous les parents de ses anciens amis, Bjorn dut s’inscrire dans un autre lycée que celui de son secteur, un établissement où il ne connaîtrait personne. Mais la grande majorité de ses camarades semblaient également affectés. Il ne fut pas victime d’harcèlement, de moqueries, ou d’agressions verbales ou physiques. Bjorn avait déjà dépassé les 2 mètres de haut à son entrée au lycée, et à cause d’une maladie génétique, possédait une carrure et une musculature très imposante. Il était atteint d’hypertrophie musculaire, accompagnée d’un trouble de la myostatine. En résumé, ses muscles grossissent drastiquement, et cette croissance n’est pas stoppée naturellement comme sur un corps humain « normalement constitué ». De fait, il est souvent atteint de douleurs musculaires, nécessitant des séances régulières de kinésithérapie. Personne n’osait donc s’en prendre à lui. Les gens essayaient de faire comme s’il n’existait pas, que ce soient les élèves ou les professeurs. En vain. Sa simple présence suffisait à créer une atmosphère tendue, silencieuse, un malaise si fort qu’il dut à de nombreuses reprises changer d’établissement.
Mais ce n’était pas ce qui l’attristait le plus. Si ses parents lui répétaient sans cesse qu’ils étaient là pour lui, qu’ils le soutenaient, et que rien de tout cela n’était de sa faute ; Bjorn voyait bien que sa morale et sa réputation avait des répercutions sur leurs relations. Ils étaient les parents du monstre, et petit à petit les gens les évitèrent également. Un jour, Bjorn les confronta, et leur réponse fut à jamais gravé dans sa mémoire. Ils pouvaient être traités de parias, être insultés, agressés, humiliés… Jamais ils n’auront honte d’avoir Bjorn comme fils. Il était la plus belle chose qui leur soit arrivé et jamais ils ne cesseront de l’aimer.
C’est à cet instant que l’adolescent compris. On ne peut pas changer les autres s’ils refusent de changer. Et le monde entier pouvait le haïr, il y aurait toujours ses parents pour l’aimer. Ses parents, et trois autres personnes…
Alors comme à son habitude depuis l’apparition de sa Morale, Bjorn restait seul dans son coin, mais arrêtait de se morfondre. Le monde n’allait pas arrêter de tourner. Il n’avait rien fait pour subir cela, mais ne pouvait rien faire contre non plus. Il fallait vivre avec, et l’accepter. L’adolescent apprit à apprécier le silence, la nature, les petites choses de la vie. Il se contentait désormais de vivre au jour le jour, partir au lycée, suivre les cours, passer son temps libre à admirer chaque recoin de sa ville, rentrer passer du temps avec ses parents, et ainsi de suite…
Mais ne pas se soucier du lendemain n’aide pas à réfléchir à un projet professionnel. Bjorn enchaîna les petits boulots à coté, cherchant quelque chose qui pourrait lui plaire en mettant à profit ses ressources. Finalement, d’un malheur il fit de sa Morale une force dans certains domaines, comme la protection et la surveillance. Mais rien ne lui plaisait, et il ne gardait jamais bien longtemps un même poste.
Au fils des années, les gens le connaissant finirent par avoir l’habitude de sa présence. Si on ne fait rien, on ne risque rien, se disaient-ils. Certains non-affectés par sa Morale venaient souvent lui chercher querelle, le provoquer, pour impressionner les autres, se vanter d’un mérite. Mais Bjorn n’était pas un combattant. Il n’aimait pas la violence, préférant toujours une manière pacifique d’arranger les choses. Il n’a pas vraiment de fierté, ni même d’égo. Sa réputation ne l’intéresse pas. Il n’entre pas dans le jeu de la provocation, faisant exprès de perdre les défis lancés à son égard. Un adversaire belliqueux qui perd voudra se venger, retenter sa chance, jusqu’à la victoire. Alors autant lui offrir ce qu’il voulait dès le début. Pour autant, quelque chose avait changé. Sa vie était devenue monotone, redondante, et un sentiment de lassitude avait fini par s’imbriquer en lui.
Depuis la fin de l’ère de l’Ogre Rouge, Mysandria avait vu beaucoup de gouvernements se succéder en quelques années à peine. Le peuple évoluait, et rien ne convenait à la majorité. De plus en plus divisés, la seule chose qui unissait tous les groupes d’individus qui peuplaient ce pays fut une haine commune de plus en plus virulente contre le patriarcat, et tout ce qu’il représentait. Si le jeune homme ne s’était jamais vraiment intéressé à la politique plus jeune - à l’exception de ce qu’on lui enseignait en classe - une question revenait souvent dans sa tête. Qu’est-ce que le bonheur ? En fin de compte, qui peut savoir, qui peut décider, ce qui rend heureux les gens ou non ? Les habitants de Mysandria étaient-ils heureux ? Eux qui commençaient à obtenir le droit d’être ce qu’ils voulaient, épouser qui ils voulaient et vivre comme ils voulaient ne montraient que colère et déception…
Puis, arriva ce fameux jour. De nouvelles élections intra-partisanes, un nouveau dirigeant. Bjorn était venu voir ses parents. Assis devant la télévision avec ces derniers, le temps passé avec eux lui importait bien plus que les résultats. Mais la nouvelle cheffe d’État avait fait grand bruit. Quasi-unanimité. Lors de son discours d’investiture, chacun de ses mots semblait satisfaire au plus haut point son auditoire composé du peuple Mysandriais. Cette Olympe de Symphalle allait peut-être réussir là où tous les autres avaient échoué, qui sait. Mais cette détermination, cette force de caractère, cela motiva le jeune homme de 22 ans à prendre une décision radicale. Un moyen de changer d’air, de s’échapper de cette monotonie, et de trouver la réponse à sa question. Alors, il prit deux-trois affaires, les économies de ses quelques années de travail, et partit dès le lendemain matin.
Durant 4 années, le jeune homme explora les 4 continents. Parfois embauché en tant qu’escorte, parfois à son rythme. Il visita la majorité des nations qui composaient Fabula, découvrant des paysages à couper le souffle, des gens tous différents et pourtant : tous humains. Et quand il comprit enfin, qu’il trouva une réponse à sa question, Bjorn se sentait tout à coup plus léger, plus serein. Il rentra chez lui, sa vision du monde changée, comme sa façon de percevoir son environnement. Il n’avait toujours pas de projet à long terme, mais cela ne le préoccupait plus. Le monde continuait de tourner. Est-ce vraiment utile de trouver sa place ?
Question légitime. Reste à savoir si les évènements qui suivront la récente vague de chaleur sauront lui apporter une réponse…