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Certaines cicatrices sont indélébiles. Elles demeureront pour toujours dans la chaire et dans l’esprit de celles et ceux qui les portent, et marqueront à jamais le franchissement d’une étape marquante de leur vie.
Blanche, fille cadette de la Maison Dugivre – l’une des 4 familles les plus riches et influentes de tout Fabula – est l’une des porteuses les plus reconnaissables de ce genre de cicatrices. Au sens propre comme au figuré.
S’il serait mentir d’affirmer que la jeune Atolcostienne n’a pas grandi dans le luxe et dans l’opulence, il serait également erroné de prétendre que sa situation fut des plus enviables. Deuxième enfant de la philanthrope Gwendolyn Dugivre et de l’opportuniste Walt Karlton - ayant abandonné son nom de famille au profit de celui de son épouse - Blanche évolua dans une ambiance familiale des plus toxiques. Malgré l’amour indéfectible porté par sa mère et sa sœur aînée Silver, les affaires de familles rattrapèrent bien vite la jeune danseuse étoile championne d’escrime.
Du fait des manigances de son père pour récupérer la présidence des Industries Dugivre - spécialisées dans le commerce et dans l’exportation des Améliorations et de la haute-technologie Atolcostiennes - des mains de sa femme, cette dernière finit par tomber en dépression et sombrer dans l’alcoolisme. Cela donna lieu à des disputes récurrentes entre les deux parents qui en vinrent même parfois aux mains ; et ce, devant leurs propres enfants. C’est après que l’une d’entre elles ait particulièrement dégénéré que Blanche, alors âgée de 7 ans, qui tentait de les séparer, fut blessée à l’œil gauche par un coup de tesson de bouteille. Cet évènement ne fut jamais pardonné par sa grande sœur, Silver, qui coupa aussitôt les ponts avec sa famille, reniant le nom de cette dernière et l’héritage qu’il suppose pour rejoindre les Forces Spéciales d’Atolcost.
Blanche tenta bien de l’en dissuader en la suivant jusqu’au spatioport le plus proche, mais finit par se laisser convaincre que ce choix était la meilleure chose à faire pour tout le monde. La toile de leur père était trop bien tissée pour qu’il ne puisse lui arriver quoi que ce soit légalement. Silver lui expliqua d’ailleurs qu’il n’était, en réalité, même pas la tête pensante. Seulement le pantin mis en place par leur grand-tante pour être l’heureux bouc-émissaire des affaires de la famille. Raison pour laquelle la meilleure solution était celle de tout quitter pour forcer leur patriarche à faire de Blanche sa « nouvelle fille préférée », maintenant qu’elle était la nouvelle héritière attitrée du patrimoine familial.
Ce départ précipité fut un véritable coup de massue pour la jeune Dugivre, bien plus douloureux et difficile à encaisser que la balafre qui enlaidissait à présent son visage de porcelaine. Elle qui idolâtrait son aînée plus que tout au monde se retrouvait maintenant seule et sans réel soutien. Silver était un modèle pour Blanche, la fille parfaite qu’il fallait imiter pour tendre vers l’idéal de ce que doit être une Dugivre. Malgré le fait qu’elle ait grandit dans son ombre toute sa vie, elle comprenait et approuvait cet état de fait. Sa sœur faisant, à ses yeux, simplement tout mieux qu’elle. Et sans elle à ses côtés, la jeune bretteuse aux cheveux blancs comme la neige n’avait plus personne sur qui prendre appui dans sa famille. Son petit frère Albin était le portrait craché de son père en tout point ; et sa mère, lorsqu’elle n’était pas complètement ivre, ne souhaitait même plus regarder sa propre fille dans les yeux.
Ce n’est que lorsqu’elle eut 16 ans, suite aux nombreuses lettres échangées avec Silver, qu’elle eut le courage de suivre l’exemple de sa grande sœur et de tout quitter à son tour, sans l’intention de revenir. Désirant officiellement poursuivre ses études à l’étranger, Blanche était prête à abandonner tous ceux qu’elle aimait et connaissait sur Atolcost pour partir vivre une nouvelle vie autre part dans le monde ; n’importe où tant que c’était loin du manoir familial.
Elle du réfléchir quelques temps pour prendre sa décision. Il fallait un endroit assez reconnu et bien coté pour pouvoir s’y épanouir et y faire carrière tout en étant abordable financièrement. En effet, Blanche était certaine que son père lui couperait les vivres aussitôt qu’il apprendrait ses réelles intentions. Procédant par élimination, il ne restait qu’un endroit cochant toutes ses cases sans exception : l’Académie des Rebâtisseurs de Célestia. Désireuse de partir dans une direction inverse à celle de son père et le plus proche possible de celle de sa sœur, la jeune cicatrisée se fixa un objectif : celui de rejoindre un corps de métier qui partagerait ses valeurs en luttant contre les injustices dans le monde. Elle qui se voyait depuis des années à la tête d’un empire high-tech était maintenant certaine de ce qu’elle souhaitait devenir : une rebâtisseuse.
Les débuts furent quelque peu difficiles, Célestia étant un endroit bien différent d’Atolcost à tous les niveaux. D’un naturel assez introverti et méfiant, Blanche eu beaucoup de mal à se faire des amis durant sa première année. Malgré des notes excellentes et une très grande popularité, la jeune fille aux cheveux blancs comme la neige craignait d’éprouver de l’affection pour quelqu’un qui n’aurait d’yeux que pour sa richesse ou son nom. Elle refusait de subir ce que sa mère a vécu et se fermait volontairement aux autres pour éviter cela. Devenue membre permanent de la chorale de l’Orchestre Symphonique de Célestia, tout en poursuivant la danse et l’escrime en parallèle de ses études, Blanche développa très vite un fort esprit de compétition dans tout ce qu’elle entreprenait pour se prouver à elle-même comme aux autres qu’elle était capable de se débrouiller seule et sans aide extérieure.
Si son comportement pouvait être perçu comme hautain et fier pour certains Célestiais de l’Académie, qui l’admiraient autant qu’ils la fuyaient, une jeune camarade rebâtisseuse en devenir de sa section, du nom de Rosie Redfield, finit par entrer dans sa vie. De 2 ans son aînée, Blanche ne comprenait pas pourquoi ses professeurs tenaient tant à mettre cette petite cancre bavarde et bête comme ses pieds en duo avec elle. Elle ne voulait pas devenir son amie et s’attendait plus à ce qu’elle la tire vers le bas plutôt qu’à ce qu’elle l’aide à voir son portrait affiché dans le prestigieux Hall des Honneurs de l’Académie de Célestia. En effet, Blanche excellait tant sur le plan théorique que pratique et n’avait pas besoin d’un poids mort pour la ralentir dans sa progression. Seulement, elle finit par se rendre compte que malgré son tempérament distant et froid ; voire méprisant, insultant et même parfois presque violent à l’égard de sa camarade ; cette dernière demeurait toujours à ses côtés sans jamais perdre son sourire. C’était comme si cette jeune fille aux yeux d’argent pouvait percer d’un seul regard la douceur et la tendresse qu’elle cachait derrière sa vantardise et son assurance. Blanche comprit alors pourquoi elles avaient été mises ensemble : parce que Rosie était la seule à avoir accepté de travailler avec elle. La jeune manieuse de faux - dont les compétences étaient telles que Blanche elle-même en resta bouche bée, lorsqu’elle l’aperçut en action lors des activités de terrain – avait un bon cœur et semblait totalement désintéressée, ne jurant que par l’obtention du titre de rebâtisseuse professionnelle.
Ce simple fait lui fit davantage apprécier cette enfant excentrique au chaperon rouge. À tel point qu’avec le temps, Blanche finit par s’ouvrir à elle ; lui racontant sa vie et son parcours. La jeune Dugivre fut d’ailleurs très touchée d’apprendre la disparition de la mère de son duo, qui - de ses propres termes - n’avait de son côté jamais entendu parler des Industries Dugivre d’aussi loin qu’elle s’en souvienne. Ces simples discussions lui permirent de relativiser sur beaucoup de choses et elle commença à tolérer la présence de Rosie à ses côtés.
Le point de non-retour fut marqué par l’arrestation du Grand Méchant Loup par cette dernière. Alors que Blanche fut, au départ, opposée à l’idée de suivre le plan de sa camarade de deuxième année, la jeune Dugivre se laissa, malgré tout, une nouvelle fois convaincre par l’argument de « la petite musique » dans la tête de son duo. Elle savait, en effet, à quoi cette suite de mots faisait référence du fait de l’une de leurs discussions passées et accepta de faire confiance à sa partenaire aux yeux d’argent.
L’appel passé par Blanche pour prévenir la police Célestiaise ainsi que les rebâtisseurs permit ainsi l’arrestation du criminel et fit d’elle et de Rosie des phénomènes d’actualités durant plusieurs semaines. Si la jeune bretteuse vécut cette célébrité soudaine beaucoup mieux que son « amie » manieuse de faux, se sentant enfin appréciée et reconnue à sa juste valeur ; il fut néanmoins difficile pour elle d’entendre son père essayer de profiter de l’évènement pour s’attribuer du mérite par rapport à leur réussite dans les différents médias. Le PDG des Industries Dugivre expliquant que ce fut grâce à la qualité de son éducation que sa fille put sauver Fabula. Ce dernier allant même jusqu’à la faire passer pour le cerveau derrière l’opération ainsi que celle qui maîtrisa le Grand Méchant Loup à la seule force de ses bras. Cette injustice la rendit malade, Blanche ayant vu de ses propres yeux Rosie réaliser l’exploit tandis qu’elle aurait pu condamner Fabula en convainquant Rosie de ne pas suivre le criminel. Bien qu’elle fût félicitée pour la première fois de sa vie par sa sœur, lui apportant une profonde satisfaction et un certain sentiment d’accomplissement durant un court moment, Blanche put difficilement supporter le phénomène de récupération derrière cette affaire, le début de théories complotistes la concernant, Rosie et elle, ainsi que le syndrome de l’imposteur qui grandissait de jour en jour en sa conscience : elle qui ne s’était contentée que de composer un numéro de téléphone.
Finalement jointe par le Doyen Rupert en personne, elle accepte que ce dernier la couvre médiatiquement comme politiquement le temps que l’affaire se tasse. Elle était également prête à accepter sa proposition de devenir officiellement une rebâtisseuse professionnelle au vu du service rendu à Fabula. Mais, après avoir appris le refus de Rosie, la jeune Dugivre finit également par décliner l’offre, ne considérant pas mériter le titre davantage que son duo. Bien au contraire. Ses vœux furent exaucés et la jeune bretteuse put finalement retourner à l’Académie après quelques semaines de confinement.
Aujourd’hui, Blanche a finit par apprivoiser son duo. Certes, elle l’exaspère toujours autant chaque fois qu’elle ouvre la bouche ; mais les épreuves l’ont forgé et lui ont permis d’accepter cette dernière comme elle était. Bien sûr, elle a toujours du mal avec ses autres fréquentations, que ce soit Todd Malkovitch ou Enzo Venturion, qu’elle considère comme « le loser ultime ». Néanmoins, elle continue de travailler à l’obtention de son titre de rebâtisseuse avec Rosie – non sans grincer des dents à chaque travail de groupe à réaliser ensemble – en conservant toujours son sempiternel esprit de compétition, tout en tentant de l’amoindrir avec le temps. Continuant d’écrire régulièrement à sa grande sœur - qu’elle n’a pas revu depuis plusieurs années maintenant – Blanche se sait capable de figurer dans le Hall des Honneurs. Et ce, dans les règles de l’art et sans influence extérieure. Major de sa section de rebâtisseurs, avec une moyenne de 99.5/100, sa dernière mission en date a été de porter secours à 4 individus retrouvés évanouis à Loisiria, suite au passage de la vague de chaleur provenant de Déseter. Elle fut celle qui confia leurs affaires personnelles au Bureau d’étude de Célestia, suite à d’étranges découvertes les concernant.
N’ayant pas pu leur poser toutes ses questions une fois réveillés, maintenant de nombreuses zones d’ombre sur leur lien avec la vague de chaleur ; Blanche espère secrètement les retrouver dans un avenir proche pour peut-être enfin obtenir les réponses qu’elle cherche.