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Dans un monde qui marche sur la tête, rester à l’envers permet de garder les idées en place. Bien sûr, ça peut aussi contribuer à passer pour quelqu’un de très étrange, à première vue. Mais ça tombe bien, c’est là le principal fonds de commerce du « Goupil » de Fort-Brillant. Lorsqu’on s’en prend aux personnes les plus influentes, les plus puissantes et les plus fortunées du Royaume de l’Hiver ; il vaut mieux être parfaitement sûr de son coup. Ou bien n’avoir aucun instinct de conservation, ça dépend. En tout cas, en ce qui concerne le Goupil, ce n’est pas la seconde option qui est la plus probable. Adepte des manigances, des coups fourrés et des fourbes stratégies, l’archer aux habits dorés s’est néanmoins fixé un code d’honneur. D’abord, ne jamais blesser physiquement qui que ce soit. Sauf en cas d’extrême nécessité, bien sûr. Ensuite, ne s’en prendre qu’aux escrocs, bandits et autres criminels en col blanc. Tertio, n’agir que pour le compte des plus faibles et des plus démunis. Et enfin, toujours faire preuve de style et de panache dans quoi qu’il fasse… Enfin, en se basant sur sa propre définition des mots, en tout cas.
Autant dire qu’au départ, bien peu furent ceux qui le prirent au sérieux. Il faut bien avouer qu’à première vue, rien de tout ça n’était très impressionnant. Les apprentis justiciers au service de la veuve et de l’orphelin ne manquaient pas sur Fort-Brillant. Dans la plupart des cas, il s’agissait d’ailleurs de guerriers farouches, modestes et ne cherchant aucune gloire. Tout son contraire, en somme. Pourtant, il détient aujourd’hui l’un des surnoms les plus connus et reconnus de tout le Royaume de l’Hiver. À tel point qu’il en est même devenu une légende urbaine admirée du bas peuple et crainte comme la peste par les aristocrates véreux. Les raisons de sa renommée sont diverses et variées. Mais les principales demeurent son ingéniosité à toute épreuve, son humour dévastateur et le fait qu’en plus d’une décennie d’activités : personne n’est encore parvenu à lui mettre la main dessus… En tout cas, d’après lui : « quand c’est fait exprès, ça ne compte pas ». Pleinement conscient de sa situation et de la démesure des forces auxquelles il se frotte, le Goupil continue malgré tout de s’illustrer en faisant régulièrement appel à une technique bien à lui. Une technique qui ne manqua jamais de faire ses preuves puisqu’elle lui permit d’échapper à l’intégralité de ses opposants ; qu’ils fussent plus forts, plus sages ou plus expérimentés que lui. En l’occurrence : être imprévisible au point où personne ne pouvait vraiment faire la différence entre un plan parfaitement élaboré et une totale improvisation de sa part.
Les primes sur sa tête se firent de plus en plus hautes. On le souhaitait mort, vivant, et même mort-vivant au cas où il se cacherait sur Némésian. Pourtant, personne ne parvint jamais à trouver sa cachette. Il faut dire que – même si ça lui « coûtait bonbon » – les Bois Chers de Requin avaient au moins l’avantage d’assurer une parfaite sécurité à quiconque lui en louerait une parcelle. Encore fallait-il en avoir eu l’idée. Et ce, sans même parler de son pouvoir lui permettant de devenir imperceptible aux yeux de tous. Très vite, il finit par devenir l’homme le plus recherché de tout Fort-Brillant. Titre qui a tendance à rapidement arriver lorsque l’on s’en prend principalement au Pilier de la Ruse du Royaume de l’Hiver. Artefacts magiques, armes, or, nourriture et autres effets personnels destinées au seigneur Paon ou appartenant à ses alliés crapuleux ne tardaient jamais à être réquisitionnés par l’imprévisible magouilleur. Redistribuant la – quasi – totalité de ses nouvelles acquisitions aux miséreux, le nom de Romain Desplaines ne tarda ainsi pas à revenir dans toutes les bouches. Et sans jamais qu’il ne marque de pauses dans ses activités.
La vérité, c’est qu’il aimait ce sentiment. Faire réagir les gens en bien comme en mal lui apportait une véritable satisfaction. Lui qui faisait de son mieux pour simuler à chaque fois un semblant de compréhension dans les relations sociales entre les individus demeurait un maître dans l’art de dissimuler sa véritable nature derrière plusieurs couches d’artifices. Son sourire jovial et taquin qu’il n’abandonnait jamais se trouvant ainsi juste en dessous d’un regard vide et inexpressif au possible. Ses petites plaisanteries visant à instaurer la confiance, le rire ou l’agacement auprès de ses interlocuteurs lui permettaient ainsi rapidement de cerner ceux à qui il faisait face. Et ce, tout en leur renvoyant l’image d’un clown qu’on ne pouvait prendre au sérieux. À vrai dire, être sous-estimé était la meilleure chose qu’il pouvait souhaiter. Ceux qui considéraient qu’il ne représentait aucun danger étaient les plus faciles à surprendre. Là où ceux qui voyaient clair dans son petit jeu restaient trop ordonnés et cohérents pour réussir à rentrer dans sa tête ; lui permettant de s’enfuir à chaque fois. Enfin… De procéder à l’une de ses fameuses « retraites stratégiques » plutôt.
Bien qu’il reste un excellent archer, un tacticien hors-pair ainsi qu’un habile orateur ; le Goupil garde une fâcheuse tendance à disparaître au moindre danger. Lui qui s’est fait tant d’ennemis haut placés au fil du temps préfère ne pas leur laisser la moindre chance de le capturer vivant. En tout cas, c’est ce qui semble le plus évident, à première vue. Peut-être sa couardise est-elle en réalité due à tout autre chose…
Il faut bien avouer que l’on sait assez peu de choses sur Romain et sur son passé. Ce dernier est un excellent cachottier et ne semble jamais vraiment chercher à s’étendre sur le sujet. Même auprès de ses plus proches alliés. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il serait – à l’origine – issu d’une famille de nomades originaires des Terres du Sud-Ouest. Sa mère, veuve, aurait plus tard épousé un petit seigneur qui leur offrit une vie de château et un titre de noblesse. Seulement, ce changement brutal de conditions ne fut pas au goût de Romain. Lui qui avait pris l’habitude de voler aux plus riches pour se nourrir ne parvenait pas à accepter sa nouvelle situation. Pourquoi lui aurait droit au luxe quand tant d’autres continuaient de vivre dehors sans toit, ni nourriture ? Aussi prit-il l’habitude de revendre ou d’offrir les objets de son beau-père afin qu’ils servent davantage aux plus précaires. Bien sûr, lorsque ce dernier apprit la nouvelle, cela ne lui plut pas du tout et il chassa le garçon hors de son territoire… Sans pour autant le déshériter. Romain eut tout juste le temps d’emporter avec lui quelques-unes de ses belles affaires ainsi que l’arc fétiche du seigneur furieux avant de disparaître.
De ce que l’on sait, il aurait ainsi vagabondé pendant plusieurs années aux quatre coins de Fort-Brillant, continuant ses activités de voleur au grand cœur. Fidèle à ses principes, son côté casse-cou demeurait à l’époque son principal trait distinctif. Pour ainsi dire, il frôla la mort plus de fois que de raisons à l’époque ; sans jamais craindre pour sa vie. Les folies de la jeunesse ! Seulement, des années plus tard, son voyage vint à le mener jusqu’aux Terres du Nord où il assista à un spectacle des plus inattendus. En effet, sous ses yeux, une bande de braconniers – se présentant comme de nobles aventuriers en pleine quête – tentaient de capturer une petite vouivre blanche. Préférant dans un premier temps ne pas intervenir, les cris de douleur de la créature draconique poussèrent Romain à s’interposer. Contraint à faire preuve de violence pour protéger le noble animal, le jeune Goupil eut l’occasion à plusieurs reprises de tuer les assaillants d’une flèche dans la tête. Mais il n’en fit rien. Il se contenta simplement de les tenir à distance tout en tentant de libérer la créature de ses entraves. Blessé lors de l’affrontement, ce dernier eut juste le temps de couper le dernier fil que la bête ailée s’envola immédiatement ; emportant le jeune archer avec elle, en direction des Monts du Nord. Cet évènement marqua la naissance d’une belle amitié entre Romain et sa vouivre blanche qu’il renomma Luna ; en l’honneur de la magnifique pleine lune devant laquelle ils passèrent tous deux lors de leur fuite. Quelques temps après, ils finirent par retrouver les hommes qui s’en étaient pris à eux. Ces derniers ne purent que constater que la vouivre avait bien grandit depuis la dernière fois et préférèrent s’enfuir plutôt que de risquer l’affrontement. Aussi, dans leur course, laissèrent-ils tomber derrière eux un ordre de mission. Il s’agissait d’un simple parchemin. Un parchemin arborant fièrement un écusson. Un écusson sur lequel était peint : un paon.
Par la suite, sa réputation n’eut de cesse de s’accroître. Elle fit le tour du royaume, le rendant célèbre – et recherché - de Fort-Brillant jusqu’aux Monts du Nord. Modèle pour certains, criminel pour d’autres ; tout ce qui est sûr : c’est que le Goupil ne laisse personne indifférent. Les plus intelligents le redoutent d’ailleurs plus que quiconque, persuadés qu’il finira toujours par s’en sortir quoiqu’il arrive. En même temps, s’il y a bien un avantage à jouer à la fois au héros et au brigand intrépide, c’est qu’on se fait beaucoup d’amis… Et d’ennemis également, mais ça c’est le jeu. Des amis prêts à risquer leur vie pour rendre la pareille à celui qui les a tant aidé par le passé. Ainsi, même s’il venait à lui arriver quelque chose un jour ; il sait qu’il pourra toujours compter sur quelqu’un d’autre. Mais qui exactement ? Lui-même l’ignore. Mais dans le doute, autant s’assurer d’en avoir le plus possible, non ? Après tout, un manipulateur aussi peut être armé de bonnes intentions.
Cela dit, la récente guerre de succession opposant la Wyverne Rouge au Dragon Noir fait redouter à Romain des conséquences terribles pour les habitants de Fort-Brillant. Que deux nobles entrent en conflit pour la couronne ne lui pose aucun problème, tant qu’ils règlent leur compte entre eux. Or, ces derniers gardent la fâcheuse habitude d’inclure le peuple dans l’équation ; même lorsqu’il n’a rien demandé. Raison pour laquelle, il s’est donné la mission de sauver un maximum d’innocents. Et toujours – si possible – sans effusion de sang. Il sait que la tâche sera ardue. À tel point que la seule alternative qu’il trouva pour acquérir le poids suffisant pour pouvoir lutter efficacement fut celle de s’allier avec son meilleur ennemi : Straffius Van Arthur. Parvenant péniblement à offrir une porte de sortie à tout le monde, il se doute néanmoins qu’avec « La Pieuvre » et « Le Grand Vautour » dans la partie ; il lui faudra redoubler d’ingéniosité s’il veut vraiment réussir à sauver toutes ces vies. Et encore plus s’il veut se sauver lui aussi… Mais pour ça, il ne se fait pas trop de soucis.
Heureusement pour lui, après avoir suivit à la trace 4 nouvelles têtes apparemment chargées d’une étrange mission ; Romain parvint à les convaincre de se rallier à son camp… Du moins, à ce que trois d’entre eux rallient son camp. Ce qui est déjà pas mal. Pour le quatrième, ce n’est plus si sûr. Malgré tout, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour sauver le peuple Fortian du funeste destin qui l’attend si cette guerre ne prend pas fin bientôt. Et si pour cela il doit retourner dans les Monts du Nord pour emmener ces 4 soi-disant héritiers des saisons au « Grizzly », alors soit. Le tout : ce sera de réussir à quitter les lieux avant que ça dégénère. Autant dire que ce n’est pas gagné…