Miou

« Mon fils. Je ne suis pas « chou », d’accord ? Oui, je suis un chat qui parle. Mais je ne suis pas « chou ». »

- Miou

Il existe bien des êtres d'exceptions ici-bas, certains sont d’une terrible beauté, d’autres d’étincelants penseurs, mais aucun ne se mesure à lui.

Miou est telle la consécration de tout ce dont un mortel peut songer pour lui-même. Il est la perfection faite homme, un chef-d’œuvre animé, sculpté tout de chair et de poil épais, comme l'aurait été le premier individu d'une nouvelle race : mythifié et inaltéré.

Une imposante lanterne patinée d'un métal anonyme trône au sommet de son crâne, éblouissant en cet exquis instant ceux qui n'auraient pas encore incliné la tête devant cet être admirable sur lequel l'astre brillant, alors à son zénith, projette son indulgente lueur dans un spectacle apparent.

Sa silhouette noble demeure placide devant la pâmoison de ceux qui l'entourent, le chat parlant ne semble guère surpris par la stupeur des pauvres hères qu'il toise de toute sa hauteur, perché sur un livre en lévitation pour guise de piédestal.

L'entièreté de son être pavoise l’infinie sottise de l’homme, qui jamais ne pourra mirer sa véritable générosité. Icône de l'abîme spirituel qui les dissociera pour l’éternité. Ainsi, peu nombreuses sont les personnes pouvant rencontrer son regard sans être contraintes de lever les yeux. Seule une bougresse à la crinière rosée dotée d’une estime de sa personne égalant voire surpassant le firmament s’est jusqu’alors targuée d’en avoir eu l’audace.

Cette flagrante différence d’envergure lui permet en outre de profiter des bienfaits de la brise, vierge de la chaleur étouffante, exsudant d’un sol poussiéreux piétiné par les pieds des roturiers.

Les humains pourraient alors vaciller en présence de l’élégance personnifiée, toutefois, Miou a le cœur pur. À l'image d'un fanal brillant dans la nuit, il ensoleille de son âme magnanime, émettant une lueur de bonté faisant défaut à un monde vicié, noyé par les petits êtres mesquins et obtus.

Cet affligeant concert chagrine l'entité qui dans un élan d'optimiste renouvelé tend ses bras aux premiers comme aux derniers ; attendant avec une insondable patience la venue de ses enfants égarés se massant déjà à ses côtés.

Certains, nauséabonds et pleins d'amertume, dont l'arrogance mal placée les ronge jusqu'à la racine, s'efforceront vainement de se détourner du droit chemin. Pourtant, à l'heure où la lumière se dérobe sous leurs pas et que le poids de la solitude se fait sans cesse plus pesant, ceux-ci entendront le lointain appel de l’unique vérité.

Las, usés par une existence pleine de répulsion, ils avanceront tel des pantins dont les fils furent coupés et ramperont lentement jusqu'à lui pour implorer sa pitié.

Le chat au pelage bleuté est un parangon de pureté, un compagnon d'exception exultant la détermination et la loyauté. Comment pourrions-nous alors penser un seul instant qu'il abandonnerait même les êtres les plus mal famés ?

Qu'importe la réponse qui embrume vos pensées, car vous êtes déjà à ses pattes, quémandant la protection et l'amour que l'on ne vous a jamais porté.

Alors, prosternez-vous et commencez à prier, car ses récompenses ne vont pas tomber du Ciel, mais seront le fruit de votre labeur acharné.

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