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Beaucoup se sont intéressés aux secrets de Fabula, et ce depuis sa création même. Si bien des explications furent apportées avec le temps concernant le monde en tant que tel ; nulle ne fut assez satisfaisante pour faire la lumière sur le dénominateur commun reliant toute chose sur ce plan de l’existence. L’épicentre de ce gigantesque ensemble qu’est Fabula, la mystérieuse figure autour de laquelle tout s’articule ; sa créatrice : La Petite Sœur.
Mais malgré tout, de la genèse de ce nouvel univers jusqu’à aujourd’hui, personne n’a jamais été aussi proche de la réponse que le docteur Max Cladwell.
Fils aîné d’un père neurologue et d’une mère médecin-biologiste, il ne faisait aucun doute que le jeune pacifiais aurait droit à un parcours professionnel des plus prometteurs. Mais nul ne pouvait vraiment s’attendre à ce que ce dernier atteigne des fonctions si hautes à un âge si précoce.
Depuis sa plus tendre enfance, ses parents étaient persuadés que leur premier enfant deviendrait quelqu’un d’important, plus tard. Le jeune Max sera d’ailleurs particulièrement marqué par la phrase que sa mère lui adressa un jour : « Tu feras de grandes choses pour ce monde, mon fils ». Déclaré HPI – ou Haut Potentiel Intellectuel – dès ses 4 ans, le futur bras droit du Doyen Rupert laissa cette prophétie maternelle guider le reste de sa vie.
Sa scolarité dans le public fut une véritable partie de plaisir. Encensé par ses professeurs pour ses notes et sa participation en classe, très populaire auprès des filles pour son physique et idolâtré par ses amis garçons pour ses talents d’attaquant au Fabaulla, Max se sentait mieux qu’un poisson dans l’eau. C’était l’espadon-voilier dans l’océan. Bien qu’en réalité, cet océan n’était qu’une toute petite marre ; une marre qui limitait son potentiel. Bien des classes furent sautées, bien des amis furent laissés de côté pour le bien de son avenir professionnel, bien des amourettes furent abandonnées prématurément. Il fut ainsi - à la demande de ses parents et sous les conseils avisés de ses professeurs – rapidement placé dans un Institut privé pour élève surdoué.
Seulement, à la surprise générale, Max détesta cette expérience. En effet, il aimait plus que tout partager ses connaissances avec des personnes moins cultivées ou intelligentes que lui et qui le savaient. Ici, il était entouré de gens qui se pensaient intellectuellement bien supérieures aux autres, alors qu’ils n’étaient jamais – d’après ses standards – que des imbéciles qui s’ignoraient ou n’ayant même pas la modestie de reconnaître leur bêtise. Voire qui, pour certains, étaient même plus stupides encore que ses camarades de petite section. Et cela valait aussi bien pour les autres élèves que pour ses professeurs. D’une marre il était passé à une mer. Une mer d’eau croupie et toujours pas assez grande pour lui.
C’est, en tout cas, à cet âge que sa morale se manifesta. Il l’apprit à ses dépens en cherchant à défendre physiquement l’un des rares camarades de l’institut qu’il appréciait, lors d’une altercation avec deux de ses raquetteurs récurrents. Ce dernier était autiste, boiteux et introverti mais diablement intelligent – même aux yeux de Cladwell – ou en d’autres termes : la cible préférée des harceleurs un peu plus forts ou âgés. Bien que ne pratiquant alors aucun sport de combat, Max ne pouvait se résoudre à rester les bras croisés lorsque la fragilité de l’intelligence était menacée par la barbarie des muscles. Ce n’était pour lui ni de l’héroïsme, ni une simple assistance à personne en danger. Seulement une façon d’extérioriser son mépris pour ceux qu’il appelait « les sans-cervelles », tout en manifestant son affection aux rares esprits assez brillants pour mériter son respect.
Il abattit donc son poing vengeur dans le visage de l’un des deux garçons et fut alors comme transporté dans son esprit. En l’espace de quelques centièmes de seconde, il venait de revisionner la vie entière de la brute. Il savait pour ses parents violents et pour sa peur de paraître faible devant le reste de l’institut s’il ne jouait pas les gros bras. Le délinquant frappé, quant à lui, savait aussi que Cladwell venait de rentrer dans son esprit. Ce dernier répéta d’ailleurs l’expérience avec le deuxième petit caïd sans même le toucher ; grâce à un simple contact visuel cette fois, alors que ce dernier fonçait à toute allure vers lui pour le punir de son intervention. Les résultats furent similaires pour une vie pourtant si différente. Sachant qu’il ne pourrait probablement pas gagner par la force, il préféra donc utiliser les mots. Les bons mots. Et cela fonctionna. Du fait des connaissances acquises et de son talent d’analyse inné, Max parvint à ramener les deux jeunes hommes à la raison, les faisant même s’excuser devant leur victime qui remercia à son tour son sauveur sans vraiment comprendre comment il avait réussi cet exploit.
Dès lors, Max sut ce qu’il voulait faire. Il venait de trouver sa vocation.
Les années Fac, une fois la sombre période de l’institut passée, comptèrent sans conteste parmi les plus belles de la vie de Cladwell. Passionné par la psychologie, les neurosciences et l’Histoire de Fabula, le jeune intellectuel avait acquis tant de connaissances à travers tous ces revisionnages des différents souvenirs d’autrui qu’il devint rapidement le doctorant le plus brillant de tout Pacifia. De cela découlera alors l’évènement qui marquera son existence à tout jamais : l’écriture de sa thèse. En effet, cette dernière n’incarnait à ses yeux ni plus ni moins que le pinacle de toute sa scolarité, le rendu final le plus important qu’il n’ait jamais eu à présenter. En l’occurrence, il lui fallait en rédiger une sur le sujet de son choix. Il serait alors évalué sur la pertinence de ses analyses et de ses théories. Max dut réfléchir 4 jours pour trouver le thème parfait. Il ne pouvait se satisfaire d’une simple étude de plus, perdue parmi tant d’autres. Pour terminer son parcours universitaire en apothéose, il lui fallait produire un document qui changerait à tout jamais la perception du commun des mortels par rapport à un phénomène essentiel. Quelque chose qui dépasse ses congénères par sa complexité et son importance et qu’il serait essentiel de leur expliquer. Ainsi, après mûre réflexion, son cheminement intellectuel finit par l’aiguiller vers le seul sujet capable d’un tel intérêt : la source même de Fabula. Or, pour la comprendre, encore fallait-il connaître tout ce qu’il y avait à connaître sur sa créatrice.
Le jeune docteur Cladwell se lança ainsi dans un long voyage aux quatre coins de Fabula. Un périple dans lequel il put s’entretenir avec un échantillon on ne peut plus hétérogène d’individus ayant toutes et tous accepté de partager leurs savoirs et leurs connaissances avec lui, qu’elles fussent de niche comme bien connues des experts. Il ne suffisait après tout à Max que d’une simple poignée de main pour obtenir de ses interrogés toutes les informations qu’il souhaitait, ce qui permettait d’enchaîner plusieurs centaines de profils par jour. En croisant les connaissances des uns et des autres, Cladwell put mettre sur le papier toute une série de découvertes que personne d’autre n’avait encore ne serait-ce que mentionnées. Les analyses les plus époustouflantes découlant principalement de l’apport des participants à l’enquête ayant déjà travaillé, étudié ou s’étant tout simplement déjà rendu sur le continent de Déséter.
C’est avec ces dernières qu’il se rendit compte de l’omniprésence de La Petite Sœur dans tout ce qui composait Fabula, de ses fondations jusqu’à ses plus infimes détails. Il comprit alors que toutes les préoccupations de ses futurs patients, toutes les questions existentielles de l’Homme de Fabula, ainsi que tous les évènements passés comme futurs étaient directement liés à elle. Elle était l’Alpha et l’Oméga. Elle était ainsi devenue, au sens le plus littéral qui soit, la raison d’être de Cladwell.
Ses trouvailles sur le chiffre 4, les Cavaliers de l’Harmonie, ceux de l’Apocalypse ou encore ses théories sur les Dames des Saisons ne tardèrent pas à faire parler de lui. Du haut de ses 23 ans, cet homme avait alors fait plus de découvertes que tant d’autres en une vie. Si les plus prestigieuses structures scolaires de Fabula se l’arrachèrent, peu de temps après la publication de sa thèse sur Les 4 Saisons de La Petite Sœur – de la célèbre Académie Archibald Roswell de CloakHoover à l’illustre Station Delta d’Atolcost – le jeune docteur finit par jeter son dévolu sur l’Académie des Rebâtisseurs de Célestia. Son choix ne fut pas tant déterminé par la préférence de nation – Pacifia le considérant comme un trésor national – que par la réputation de Célestia de spécialiste de la Morale. L’étude de cette dernière étant l’un des éléments les plus essentiels pour la bonne compréhension de Fabula, car étant intrinsèquement liée à La Petite Sœur. En effet, malgré la qualité irréprochable de son travail, Cladwell ne pouvait en être pleinement satisfait. Il voyait sa thèse avec les yeux d’un peintre devant une toile inachevée ; n’ayant pu obtenir les réponses de toutes ses questions. Raison pour laquelle, il pensait que seule Célestia pourrait les lui offrir.
C’est le Doyen Rupert qui contacta le jeune universitaire en personne pour lui proposer un poste de psychologue et d’enseignant-chercheur en Histoire de Fabula à l’Académie des Rebâtisseurs de Célestia. Cela faisait beaucoup de responsabilités en un si court laps de temps. Mais Cladwell accepta sans la moindre hésitation. Il avait trop à gagner pour refuser et savait que s’il y avait bien une personne capable de détenir toutes les connaissances nécessaires pour répondre à la quasi-totalité de ses interrogations, c’était bien son nouveau Doyen. Ce dernier accepta, bien sûr, chacune de ses conditions, en échange de son intégration à l’Académie de Célestia. Hélas, malgré de nombreuses tentatives, Max ne parvint jamais à revisionner les souvenirs de Rupert. Le docteur se doutait que le vieil homme avait une telle maîtrise sur la morale qu’il savait comment contrecarrer la sienne. Ces échecs répétés ne suffirent cependant pas à décourager Cladwell qui embrassa sa nouvelle position et sa nouvelle vie Célestiaise, persuadé que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne finisse par obtenir ce qu’il cherche.
Ses qualités de psychologue furent telles que le Doyen le nomma responsable de l’évaluation mentale des futurs rebâtisseurs. Ces derniers n’étant autorisés à prendre leurs fonctions qu’une fois que Cladwell aurait donné son feu vert, afin d’éviter de donner trop de pouvoir à des individus instables ou dangereux. À cela s’ajouta ses talents de captation de l’attention de ses élèves lors de ses cours d’Histoire de Fabula. Sévère mais toujours juste dans sa notation, il devint rapidement le professeur préféré de beaucoup d’étudiants Célestiais – mais surtout Célestiaises – ce qui s’accompagna bien assez vite de l’explosion du nombre d’abonnés sur ses réseaux sociaux. Brillant, sportif, à l’écoute de ses élèves et plutôt beau garçon, Cladwell avait tout pour lui. Rupert lui faisait tellement confiance qu’il fit même de lui son nouveau bras droit, à qui il confia de nombreux secrets sur Célestia et sa gouvernance.
Loin d’être effrayé ou impressionné par toutes ses obligations, le psychologue numéro un de Célestia voit au contraire dans cet ensemble de responsabilités une chance de mener la vie dont il a toujours rêvé. Pour le bien de ses recherches et de toutes ses fonctions, il a depuis longtemps accepté qu’il ne pourrait plus autant siéger aux côtés des ultras du FC Neutralia lors des matchs et qu’il devrait continuer à se refuser à l’amour ; se connaissant trop bien pour savoir qu’il ferait toujours passer sa partenaire après son travail.
Si les années qui suivirent prouvèrent que Cladwell était bel et bien prêt à beaucoup de sacrifices, le grand incendie qui frappa l’Académie - 7 ans avant la vague de chaleur – marqua un avant et un après dans sa vie tant sur le plan professionnel que personnel, les deux étant de toute façon pratiquement indissociables l’un de l’autre. Conscient de sa responsabilité dans cette étrange histoire, se sentant trahi et indigne de continuer à exercer ses fonctions, Cladwell déposa sa démission auprès du Doyen qui la refusa. Le vieil homme en blanc se considérait en effet comme le seul fautif dans cette affaire et supplia son jeune bras droit de rester sur Célestia, à ses côtés, lors de ces temps difficiles où il avait plus que jamais besoin de ses services. Se laissant convaincre par Rupert, il ne put cependant considérer le vieillard aux yeux fatigués comme le véritable responsable du drame et préféra accuser son alter-égo négatif Kron Redfield, alors lui aussi professeur d’Histoire de Fabula à l’Académie et chargé ce soir-là d’assurer la sécurité des lieux.
Tentant au maximum de faire fi de cette tragédie qui coûta la vie à plusieurs de ses anciens élèves - alors qu’il était en déplacement professionnel - pour se concentrer sur ses recherches, les sept années qui suivirent furent difficiles pour Cladwell. Ce dernier devant se forcer à consoler des Célestiais endeuillés ou bien toujours sous le choc sans se laisser lui-même submerger par ses propres émotions. La charge de travail se fait de plus en plus grande et les récents évènements qui ont impacté Fabula n’arrangent en rien les choses.
Heureusement, la venue inattendue de 4 étranges jeunes gens dans son bureau marqua un tournant décisif dans la vie de l’universitaire. Maintenant persuadé de l’existence des Dames des Saisons, du rôle de La Petite Sœur et malgré tous les dangers qui guettent Fabula, Cladwell sait que retrouver ces dernières est la seule chose qui permettra de sauver ce monde. Et s’il doit placer son destin en ces 4 étranges phénomènes que même lui peine à saisir, il le fera sans la moindre once d’hésitation. Car si ces derniers sont liés de près ou de loin à celle à qui il a dédié sa vie, alors il y a une chance pour qu’ils la ramènent avec eux sous une forme ou une autre. Et ce ne sera alors qu’à cet instant - et à aucun autre – qu’il pourra considérer son travail comme étant véritablement terminé.