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Plus qu'un concepteur de génie, Albert Pistor était une star planétaire. Pour ainsi dire, on le considérait comme l'un des inventeurs, innovateurs et scientifiques les plus célèbres et marquants de toute l’histoire de Fabula. D’aucuns se risquant même à l’élever au rang de « bienfaiteur de l’humanité ».
Enfant des faubourgs de la 18ème circonscription de Nostalgian, ayant grandi dans la région de Classiquian, ce dernier y fait figure de véritable héros local. Des écoles, des hôpitaux et des boulevards entiers portent désormais son nom ; et ce aussi bien sur Hivrian que sur Automaton et Printania. En effet, Pistor s’avère être l’homme ayant accompli l'exploit de rendre accessible à tout un chacun un moyen de palier à la perte de membre, voire : de Morale. Connu pour être l'inventeur des améliorations prosthétiques, sa silhouette de gentleman en fauteuil roulant est aujourd’hui reconnue de tous. Son handicap remontant au terrible accident de voiture dont il fut victime au début de sa vie d’adulte. Suite à ce tragique évènement, le professeur fut paralysé à vie des jambes et se mit à fumer de façon régulière. Pourtant, refusant de céder à la fatalité, cela ne l'empêcha pas de finir par trouver un moyen de rebondir.
Ayant toujours perçu dans l’adversité un moyen de devenir plus fort et de grandir, Albert Pistor prit petit à petit cette considération au pied de la lettre. En effet, c’est cela même qui lui insuffla l’idée de créations technologiques prenant la forme de prothèses rendant très littéralement plus forts et grandissant avec leur porteur. Il profita ainsi de son temps libre et des aides versées pour compenser sa situation de handicap afin de mener à bien la conception de son premier prototype. Suscitant l’intérêt et la curiosité d’investisseurs CloakValiens, Pistor reçut rapidement les fonds nécessaires pour concrétiser ses plans et ainsi pouvoir finaliser son travail. Une fois son projet achevé, le succès fut immédiatement au rendez-vous et de nombreuses entreprises d’Automaton cherchèrent à accaparer les droits de son invention en échange de sommes sonnantes et trébuchantes. Malgré tout, l’inventeur Nostalgien n’accepta jamais la moindre proposition extérieure s’y rapportant de près ou de loin.
Universaliste convaincu, Albert Pistor ne souhaitait ni être le seul bénéficiaire de son invention, ni la voir tomber entre de mauvaises mains. En effet, cette dernière ne se limitait pas seulement à pouvoir rendre à son porteur l'usage de ses membres. Elle renforçait également ses capacités physiques, décuplait sa robustesse, entrait en parfaite symbiose avec son organisme de façon à grandir en même temps que lui, et pouvait même lui donner la possibilité d'obtenir une Morale. Ce point-là étant d'ailleurs le seul à ne pas avoir été permis par la technologie, mais bien par la propre Morale du professeur. Raison pour laquelle il se sentait d’autant plus responsable de la bonne attribution de sa création.
Aussi, prit-il contact avec le Général Alester Boldwin d'Atolcost, lors des évènements de la Première Tempus Belli, afin de permettre aux soldats blessés de l’alliance Atolcosto-Célestiaise de reprendre du poil de la bête. On dénombre aujourd'hui plusieurs milliers de vies sauvées grâce à ces améliorations, contribuant à l’instauration d’une profonde amitié entre les deux hommes. Ce qui ne les empêcha pas de demeurer opposés sur de nombreux sujets tels que la nécessité du placement d’améliorations modifiées sur la famille royale de Gévaudan, puis de Fort-Brillant. Cela dit, le grand public ne le découvrira véritablement qu’à la suite de la Seconde Tempus Belli, lorsque le Major Alec Boldwin proposa au grand ami de son père d'entrer dans l'Agence de Protection de Fabula. Honoré par cette offre, l’innovateur récemment nationalisé citoyen de CloakHoover – suite à son départ pour exercer le métier de professeur au sein de l’Académie Archibald Roswell – accepta. Ainsi, il fut le second représentant d’une entité non-étatique admis autour des bancs de l’APF, aux côtés du fondateur de l’association des « Amis de Monsieur Pierre ».
Dès lors, Albert Pistor devint l'incarnation populaire du génie philanthrope humanitariste qui ne laisse rien l'abattre. Ses améliorations furent alors distribuées de partout et offertes à chaque pays membre de l'APF. Ces dernières avaient pour objectif principal de mêler les notions d’utilité et de sensations. Le porteur devait se rendre compte que ces prothèses décuplaient ses capacités physiques et sa résistance corporelle, sans même lui donner l’impression d’en porter. Elles feraient alors partie intégrante de son métabolisme et grandiraient avec lui, à l’instar de n’importe quel membre. L’idée sous-jacente demeurant le développement poussé à l’extrême des capacités humaines, tout en préservant l’illusion de l’habitude via ces objets utiles et évolutifs.
Pistor donna comme seule condition à la diffusion de son invention : la gratuité de l'opération, afin que même les plus démunis puissent être améliorés. Et ce, de façon à leur laisser le choix du ou des membres qu'ils souhaitent remplacer. Si ces améliorations prirent quelques temps pour être bien acceptées du grand public – du fait des potentielles stigmatisations pouvant en découler - aujourd'hui, cette technologie bénéficie même aux non-blessés. Nombreux sont celles et ceux désirant éveiller leur Morale ou bien obtenir des capacités physiques renforcées. Ce qui n'empêche cependant pas de tenter au maximum de dissimuler ces acquis ; tout cela relevant évidemment de la sphère privée.
Entretenant des relations cordiales voire amicales avec de nombreux dirigeants du monde entier, le professeur au fauteuil roulant eut l’occasion de se prêter toute sa vie aux divers travaux, cérémonies, réunions et congrès scientifiques des différents pays membres de l’APF. Ayant notamment siégé parmi les membres les plus éminents composant le jury du Concours GAIA, Pistor refusa malgré tout toujours d’être équipé de ses propres améliorations. Interrogé à de multiples reprises sur les raisons de ce refus, l’ingénieux inventeur répondit à chaque fois au travers de traits d’esprits plus ou moins éclairés sur les avantages découlant d’un corps humain naturel bien entretenu. Notamment vis-à-vis de la gent féminine. Ces derniers ayant, bien entendu, été principalement passés sur le compte de son humour très… particulier.
Ainsi, de nombreux documentaires, séries et biopics lui furent consacrés ; revenant notamment sur les divers évènements ayant marqué sa vie ainsi que les différentes facettes de sa personnalité. Considéré comme un véritable géant de la robotique et du progrès technologique, les plans de son invention furent finalement repris par de nombreuses industries et compagnies spécialisées qui ne cessèrent de perfectionner son modèle original. Pour le meilleur comme pour le pire.
Finalement, Albert Pistor s’éteindra à l’âge vénérable de 97 ans, au matin du 22 mai de la deuxième année précédant l’arrivée de la vague de chaleur qui frappa Fabula. Ce dernier était en effet atteint d’un cancer dont il taira l’existence aussi bien aux différents médias qu’à sa propre famille. Au lendemain de sa mort, les hommages se multiplièrent. Les différents chefs d'État adressèrent chacun leur tour un discours d'adieu poignant au professeur. Sans oublier tous les anonymes encore émus de la disparition de leur bienfaiteur.
Il restera de lui l’image d’un génie de la génétique et de la robotique ayant contribué à écrire tout un pan de l’histoire de Fabula. Mais également celle d’un précurseur haut en couleur, d’un coureur de jupon invétéré et d’un gentilhomme élégant aux plaisanteries graveleuses et de mauvais goût. En somme, un être humain à part entière.