Camellia Van Arthur

« J’aspire à transformer cette société corrompue pour en faire émerger un monde meilleur, plus juste, plus équitable. Un monde qui récompense le mérite, le travail et la justice. Pas la lignée, le sexe ou la classe sociale. Je suis née pour gouverner ce royaume. Et je le ferai. »

- Camellia Van Arthur « La Wyverne Rouge »

Citoyenne Régente Camellia de la Maison Van Arthur première du nom ; Wyverne Rouge ; Héritière légitime du Roi Minotaure et de la Reine Louve ; Briseuse de chaînes ; Grande Libératrice des peuples opprimés ; Souveraine des Terres médiévales de l’Hiver ; Unificatrice des Hommes de bien ; Maîtresse des magies pures ; Détentrice de la Couronne Cornue et du Sceptre Royal. Tel est l’actuel titre complet de l’opposante du Dragon Noir.

Sœur jumelle de l’ancien Prince Xavier « La Pieuvre », Camellia est une femme obstinée, guidée par ses principes et prête à faire couler autant de sang qu’il le faudra pour atteindre ses objectifs. Extrême dans ses positions, dirigiste et insoumise ; elle n’en demeure pas moins élégante, maniérée et armée de bonnes intentions. En effet, grandir dans les plus hautes strates d’une société médiévale aux côtés d’un frère particulièrement critique à l’égard du système en place n’a poussé la fille du Minotaure qu’à se radicaliser d’autant plus contre sa propre caste. Les jumeaux étaient comme les deux doigts de la main durant leur enfance. Inséparables, protecteurs, prêts à rendre n’importe quel service en sachant que la pareille leur serait rendue. À force de passer tout leur temps ensemble, ils finirent même par s’influencer l’un l’autre sur de nombreux sujets. Bien que la balance penchât clairement plus d’un côté que de l’autre…

Quoiqu’il en soit, la vision et les conseils de lecture de Xavier poussèrent l’ancienne princesse à se renseigner par elle-même sur l’histoire des peuples et des sociétés de l’ancien monde. Ce qui ne fut pas sans éveiller son attrait pour la politique, la philosophie mais surtout l’Histoire. Passionnée par les périodes de révolution populaire – et en particulier la Révolution Française de 1789 – Camellia ne tarda pas à souscrire aux thèses de son frère. Du moins, dans l’interprétation qu’elle en faisait. Bien qu’étant elle-même un pur produit de l’aristocratie Fortianne – ayant depuis longtemps intégré ses codes et ses principes – son attachement envers la liberté, l’égalité et l’intégrité la poussa à développer une haine viscérale pour le principe même de féodalité. Profondément attachée à la notion de mérite, les faits semblaient pourtant prouver que ce concept n’était plus d’actualité sur Fort-Brillant. En tant que femme, il lui serait impossible d’un jour accéder au pouvoir. Quoi qu’elle puisse entreprendre, la sentence était irrévocable. Mais qu’avait-elle fait pour mériter cela, exactement ? Rien, hormis être née du mauvais sexe. Or, à ses yeux, le problème était exactement le même du côté des roturiers. Les malheureux étant simplement nés dans la mauvaise classe sociale. Nourrissant un idéal de justice et de révolte, Camellia tenait néanmoins beaucoup trop aux membres de sa famille pour oser entreprendre quoi que ce soit susceptible de leur nuire. Alors, elle prit son mal en patience. Tôt ou tard, son père qu’elle aimait tant – malgré sa franche opposition idéologique – finirait par laisser sa place à Xavier. Et alors, enfin les choses pourraient changer. Ce dernier lui avait même promis qu’ils dirigeraient ensemble, côte à côte, aussitôt serait-il monté sur le Trône de l’Hiver.

Bercée par ce doux rêve, elle accepta de continuer à jouer le jeu de cet endroit sournois et meurtrier qu’était la Cour du Roi Minotaure, en se pliant aux exigences de l’étiquette. Fort heureusement pour elle, à quelques reprises, elle put accompagner sa mère « la Reine Louve » dans ses visites royales auprès du peuple de la basse ville. Grâce à elles, un véritable amour pour la foule naquit chez Camellia. Bien à l’abris dans son carrosse, et entourée de gardes ; elle avait pourtant l’impression d’être proche de ces gens qui subissaient sans faire de vague les affronts et le mépris de sa caste. Elle qui ne connaissait leur quotidien et leurs soucis que de manière théorique, put constater de ses propres yeux leurs conditions de vie souvent misérables. Pourtant, ils ne semblaient vouloir se révolter contre personne. Mais pouvaient-ils seulement développer une conscience de classe, alors que l’enseignement et l’éducation leur était si difficile d’accès ? À ses yeux, ces hommes, ces femmes et ces enfants qui nourrissaient, équipaient et faisaient vivre leur royaume entier étaient bien plus méritants que les nobles oisifs et profiteurs qui parasitaient la Cour de son père.

Hélas, la reine fut finalement rattrapée par la maladie ; ce qui mit fin à ses sorties hebdomadaires. Le Roi Minotaure considérait, en effet, le bas peuple comme responsable de la contamination de son épouse et refusait de voir la chair de sa chair subir le même sort. Il faut dire que les deux jumeaux avaient été bien protégés lors de la Seconde Tempus Belli. Alors âgés d’à peine trois ans chacun, tous deux furent placés bien en sécurité, à l’abris des regards, aux côtés de leur mère. Ils ne connurent ni la faim, ni la soif, ni les infections qui ravageaient le front allié. Et puis, aussitôt la guerre remportée, ils furent tous deux catapultés du jour au lendemain au poste de prince et princesse héritiers d’un royaume en ruines et infesté de rats. Ceux-là même qui terrorisaient tant la petite Van Arthur, suite à une sordide légende que lui aurait raconté son frère pour lui faire peur.

Peu de temps après l’acquisition de leur nouveau titre vint l’acquisition de nouveaux membres artificiels. Les concernant eux : ce seraient des jambes robotiques conçues par Atolcost. Bien qu’ils ne fussent pas en âge de comprendre les tenants et aboutissants de cette décision ; tous deux perçoivent malgré tout aujourd’hui ces améliorations comme quelque chose de très positif. Sans remettre en cause l’aspect purement égocentrique et intéressé du choix de leur père ; il s’agissait avant tout, à leurs yeux, d’un premier pas vers le progrès. De façon plus symbolique : ils incarnaient la première génération de régents ayant réellement grandit avec ces améliorations prosthétiques. Ces derniers y sont d’ailleurs tellement attachés qu’encore à ce jour : ils affirment avoir l’impression d’être tout simplement nés avec. Accepter ce progrès signifiait faire preuve d’ouverture. Et faire preuve d’ouverture signifiait ouvrir la boîte de pandore qui laissait le champ libre à tant d’autres possibilités…

Or, ces dernières se font toujours attendre. Tant sur le plan matériel que social et institutionnel, le déshéritement de Xavier par leur père a faussé l’intégralité des calculs de Camellia. Bien qu’étant parvenu à le convaincre de ne pas tuer son propre fils, la princesse aux habits noirs et rouges ne put néanmoins l’empêcher d’enfermer la Pieuvre dans les geôles du Palais Royal. La mise aux arrêts de son frère offrit alors sa place sur le trône à leur oncle Qassius, ce qui ne fit que renforcer la frustration de la jeune révoltée aux yeux violets. Malgré son profond sentiment d’injustice ; elle ne put que se résigner. La situation était assez compliquée comme ça, et elle se doutait qu’au moindre faux pas : son frère pourrait en pâtir. Elle se satisfaisait donc de la possibilité qui lui fut laissée de lui rendre visite de temps à autre. Tout en envoyant sa servante, Amandine, lui tenir compagnie lors de ses quelques moments d’indisponibilités. Pourtant, par-delà les apparences, la jeune Van Arthur ne put jamais vraiment réprimer ses pulsions de violence et son côté sanguin qui refaisaient surface à chaque fois qu’elle repensait à cette injustice. Cela dit, cette force intérieure plaisait à son père. Il la ressentait en elle à tous les niveaux. Il se reconnaissait en elle.

Devenue alors la dernière héritière légitime du Roi Minotaure, Camellia eut ainsi droit au renouvellement d’une attention toute particulière de la part de Sa Majesté. Impressionné par les talents innés de sa fille au combat – activité dont elle fut pourtant privée durant des années entières avant de réussir à ruser pour pouvoir faire ses preuves - ce dernier l’autorisa à s’entraîner auprès du plus grand maître d’armes de tout Fort-Brillant. Un duelliste hors-pair, pédagogue et plutôt séduisant mieux connu sous le surnom de « Dragon Barbu ». De plus, il lui offrit également sa propre créature draconique pour son anniversaire. De son acquisition découlera d’ailleurs le surnom de la future Citoyenne Régente : « La Wyverne Rouge ». Enfin, elle eut droit aux cours de stratégie et aux enseignements magiques du « Grand Vautour » Salazar Vóron en personne. Seulement, tout cela ne lui rendit pas la situation plus agréable. Ce ne fit, au contraire, que la conforter dans sa volonté de changer radicalement les choses en instaurant un tout autre modèle de société. Elle savait qu’elle en avait les capacités. Vóron lui-même le reconnut, soulignant son immense confiance en elle ainsi que ses capacités naturelles pour le commandement. Tout ce qu’il lui fallait, c’était attendre le bon moment pour agir. Tôt ou tard, le peuple asservi de Fort-Brillant prendrait conscience des inégalités et de l’injustice de leur société ; les poussant à prendre les armes pour se faire entendre du monarque. Ce n’était qu’une question de temps. Seulement, le temps fut long...

Désormais habituée aux réunions internationales avec les différentes familles de dirigeants de l’Alliance de Protection de Fabula, Camellia eu l’occasion de se déplacer dans plusieurs pays étrangers. Bien sûr, elle ne voyait que ce que les tours d’ivoire dans lesquelles elle se rendait voulait bien lui montrer. Or, cela ne l’empêcha jamais d’apporter un regard critique envers la façon dont les différents chefs de gouvernements traitaient leur population. Pourtant, elle chérit aujourd’hui la représentation peinte de la ratification des premiers accords de Fabula. Celle-là même sur laquelle elle figure, aux côtés de son frère, posant devant les signataires de l’époque. Au même titre que le tableau représentant sa famille, elle n’y voit aujourd’hui qu’une illusion. Une belle promesse qui semble bien éloignée de la réalité mais à laquelle il faut qu’autrui croit. N’étant pas elle-même une artiste dans l’âme – malgré ses multiples tentatives – elle y perçoit cependant autre chose. Quelque chose de plus profond, qui l’inspire à toujours aller de l’avant. Une adversité qui la pousse à conserver précieusement sa principale force motrice. La foi. Non pas dans un dieu, pas dans des mythes, des légendes, ou bien des institutions. La foi en elle. En Camellia Van Arthur.

Le temps, quant à lui, finit par faire son effet, entraînant avec lui le Roi Minotaure vers une mort à la fois lente et paisible. Ignorant combien de temps il lui restait, tous ses proches se réunirent une ultime fois à son chevet pour entendre ses dernières volontés. Chassant rapidement ses deux frères de la chambre, ce dernier ouvrit finalement son cœur à sa fille chérie en allant à l’encontre des Lois de Fort-Brillant. En effet, il la nomma héritière légitime du trône, n’ayant que faire de son sexe et de la façon dont elle compterait diriger. Cette nouvelle fut l’occasion qu’elle attendait tant pour enfin pouvoir reprendre les choses en main. Aussi, la première action qu’elle entreprit aussitôt fut celle de modifier la Couronne Cornue de son paternel ; raccourcissant ses cornes et féminisant son esthétique. Une page venait de se tourner. Le pouvoir dont elle jouissait maintenant était celui du Roi ; mais il prendrait une tout autre forme. Et tous devaient le comprendre dès le premier regard.

À la suite de quoi, elle gracia son frère et le nomma Maître Stratège à son service. Compte tenu de l’envergure des forces auxquelles elle s’opposait alors, Camellia savait qu’elle risquait d’avoir besoin de son aide. En effet, elle se doutait que « Le Dragon Noir » ne laisserait pas les choses se dérouler comme elle le souhaitait. Bien qu’elle proposât à son oncle de rejoindre ses rangs, la Wyverne Rouge restait intimement persuadée qu’aucun d’eux n’accepterait le moindre compromis. La guerre serait inévitable, mais le jeu en valait la chandelle. Tous les éléments étaient réunis pour pouvoir sortir Fort-Brillant de son ère rétrograde, afin d’offrir une société plus juste à ses habitants. Or, si elle ne parvenait pas à renverser les choses, alors il était clair en son esprit que personne n’y parviendrait.

Aussi choisit-elle le titre de « Citoyenne Régente », afin de s’émanciper de sa précédente caste royale tout en affirmant qu’elle était maintenant bien à la tête des opérations. Cette accréditation était lourde de sens car elle instaurait le principe de citoyenneté entre Fortians, libérant ainsi ces derniers du servage et de l’assujettissement. Interdisant l’esclavage et offrant les mêmes droits à toutes et tous ; sa fonction l’oblige à présent à tenir compte des demandes de ses administrés. Un roi est seul, isolé dans son château, loin des préoccupations de son peuple et ne se soucie guère de leur sort. Mais Camellia souhaitait faire table rase de ce raisonnement archaïque en invitant chacune et chacun d’entre eux à venir s’exprimer en face d’elle. Pour être la plus juste et la plus impartiale possible, il lui fallait raisonner au cas par cas. Ce qu’elle fit. Du moins, avant de trouver une alternative pour pallier leur nombre trop important ; se rendant compte qu’il lui serait impossible de trouver le temps de jongler entre leur bien-être du moment et la guerre qu’elle préparait. De cela naquit une véritable adoration des habitants de Fort-Brillant envers la Wyverne Rouge. Considérant cette dernière comme leur sauveuse, voire leur libératrice pour la plupart ; ils ne tardèrent pas à la vénérer en chantant ses louanges et en érigeant des statues à son effigie.

Bien que cela fut dans un premier temps particulièrement flatteur, l’excès de zèle dont Xavier faisait preuve pour pousser le peuple à toujours un peu plus adorer leur Régente ne fut pas sans refroidir les ardeurs de sa sœur. Bien sûr, elle mettait un point d’honneur à demeurer majestueuse et imposante en toute circonstance ; mais c’était là, en son esprit, avant tout un moyen d’unifier les siens derrière une figure charismatique. Elle savait que beaucoup restaient attachés à leurs traditions et ne souscriraient sûrement pas à sa vision. Pourtant, la régente à l’armure écarlate requiert plus que jamais leur soutien. Et pour ça, elle n’a d’autre choix que de continuer à jouer ce rôle de la sauveuse, de la figure quasi-divine ; aussi éreintant et exigeant cela puisse être. C’était à ce genre de symboles qu’ils étaient habitués. Et si Camellia voulait que la transition de pouvoir réussisse, elle devrait accepter de procéder ainsi. Elle s’était fait trop d’ennemis puissant en s’opposant à son oncle et aux traditions du royaume pour se priver de l’appui de ses concitoyens.

Malgré tout, de nombreuses critiques la visant persistent encore ; tant sur Fort-Brillant qu’à l’international. Certains pointent du doigt son autoritarisme, son détachement du réel, ou encore son égo surdimensionné. D’autres la traite d’hystérique assoiffée de sang, voire de danger pour Fabula. Cela dit, tant les flatteries que les insultes semblent laisser de côté l’un des traits les plus distinctifs de la Citoyenne Régente : sa volonté de comprendre. Comprendre les évènements passés, présents et futurs. S’intéresser aux autres, à ce qu’ils pensent d’elle, de ses idées, du monde qu’elle s’apprête à construire. Mais aussi échanger des points de vue parfois contraires, afin de confronter ses convictions à celle d’autrui. Lui permettant ainsi de tester leur résistance et leur véracité. Ouverte au dialogue et à la contradiction, la Wyverne Rouge reste, malgré tout, facilement irritable par les comportements et les propos qu’elle juge non-constructifs. Se montrant très peu patiente vis-à-vis de ceux dont l’allégeance demeure incertaine, l’actuelle dirigeante des Loyalistes de Fort-Brillant demeure persuadée du bienfondé de son idéologie et de la nécessité de réformer tout le système du Royaume de l’hiver.

Comptant maintenant parmi ses rangs d’inattendus alliés de dernière minute, parmi lesquels se trouvent l’Héritier de l’Hiver chargé de sauver l’intégralité de son continent, ainsi que le fils caché du Major Alec Boldwin ; la Citoyenne Régente reste plus que jamais prête à aller aussi loin qu’il le faudra. Tel est le devoir qu’elle s’est fixée. Cherchant désormais davantage à affronter qu’à concilier, personne ne doute du fait que le sang risque de couler à flot dans son sillage.

Jamais elle ne cèdera, jamais elle ne baissera la tête. Toujours elle se battra pour ce en quoi elle croit. Une petite taille pour un grand destin. Un soleil personnifié chassant l’obscurantisme. Une Régente nouvelle pour une République en devenir. « Et vive la Wyverne Rouge ! »

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