Qassius Van Arthur

« Je n’ai jamais souhaité cela. Pas plus que je ne souhaitais être roi. Mais il me faut accomplir mon devoir. Puissants ou humbles, nous devons tous accomplir notre devoir. »

- Qassius Van Arthur « Le Dragon Noir »

Si l’Anti-Monde existe bel et bien, il n’est pas là pour protéger Fabula de Lord Black Tie ; mais pour protéger Lord Black Tie de Qassius Van Arthur. En tout cas, c’est ce que laisseraient entendre les plus fidèles soutiens du Dragon Noir. Respecté de ses hommes et craint de ses ennemis, le Pilier du Devoir de Fort-Brillant est un commandant de guerre redoutable. Un chef sévère mais juste, un guerrier-stratège hors pair ; mais d’abord et avant tout : un homme loyal et dévoué. Quelles que fussent les personnes auxquelles il dut se confronter tout au long de sa vie ; Qassius fit toujours passer ce que son devoir impliquait avant tout le reste. Il n’accorda jamais la moindre forme d’importance à ses considérations personnelles. Ce qu’il pouvait bien penser de tel ou tel sujet ou bien de telle ou telle personne ne valait rien. Seuls comptaient la légitimité objective dudit sujet et la valeur avérée de ladite personne. Raison pour laquelle ce dernier se bat aujourd’hui afin d’obtenir une place sur le trône et une Couronne Cornue qu’il ne convoite pas – et n’a jamais convoité – pour la simple et bonne raison que tous deux lui reviennent malgré tout de droit.

Qassius est le puîné de la fratrie des Van Arthur, condamné à grandir depuis sa naissance dans l’ombre de son frère Claudius « Le Minotaure ». En effet, son aîné ne cessa jamais de le renvoyer à sa position en le rabaissant dès qu’il en avait l’occasion, afin d’afficher à la vue de tous sa nette supériorité. Si Qassius avait une épée, Claudius devait en avoir une plus grosse encore. Quand Qassius recueillait un faucon blessé, Claudius réclamait à son tour un aigle majestueux. Du fait de la différence d’âge trop importante qui les séparait et d’une génétique moins avantageuse, Qassius ne put jamais vraiment se montrer à la hauteur de son frère. Ni lors de leurs duels, ni lors de la moindre activité physique les opposant. Sur le plan intellectuel, en revanche, le jeune Van Arthur semblait nettement moins limité que son frère. Mais ce dernier n’y accorda jamais la moindre importance. Pour ainsi dire, il ne se gênait pas pour discréditer les quelques domaines dans lesquels son cadet le surpassait ; les jugeant aussitôt inutiles ou réservés aux faibles. Cela dit, bien que ces railleries régulières et cette compétition permanente - qu’il trouvait déjà puérile - forgea son caractère et sa personnalité ; Qassius ne cessa jamais de se plier aux défis du Minotaure. Comprenant très tôt qu’un grand destin attendait ce dernier ; il était, en sa qualité de frère, de son devoir de toujours faire en sorte de le servir au mieux. Claudius était l’aîné, ce serait lui qui accèderait bientôt à la régence de Fort-Brillant. Et puis, à sa mort, ses enfants prendraient la relève. Ce n’était pas injuste. C’était ainsi que les choses étaient faites. À chacun son rôle. Le sien ne serait pas de régner, mais d’aider à bien régner. C’est dans cet esprit qu’il fut éduqué. Et il n’en démordit jamais.

Qassius n’aimait pas son frère, et c’était réciproque. Ce dernier ne lui ayant jamais fait part de la moindre forme d’affection ou de respect, au contraire. Pourtant, il ne cessa de lui demeurer fidèle en toute circonstance. En effet, l’affect pour la personne ne comptait pas. Seule la fonction importait. Ainsi, ce n’était jamais à Claudius qu’il obéit ; mais bien au Minotaure et futur régent de la cité des Terres de l’Est. Les règles devaient être suivies et respectées à la lettre. Et cela s’étendait sur tous les sujets ; aussi bien sur le plan civilisationnel que grammatical. Raison pour laquelle il en voulut d’ailleurs si longtemps à ses parents pour avoir mal orthographié son nom. Bien sûr, toutes ces lois, ces traditions et ces usages restaient pour beaucoup imparfaits à ses yeux. Mais tout cela demeurait nécessaire, ne serait-ce que pour donner des repères aux Hommes et encadrer l’ensemble de la société.

Cette simple considération n’abandonna jamais Qassius ; contribuant à en faire un homme dur et obstiné, bien qu’honnête et inflexible en toute circonstance. Affichant en permanence une mine austère et froide, ce dernier demeure malgré tout particulièrement attaché aux concepts d’honneur, de fidélité et de vertu. Raisonnant de façon très terre à terre en toute circonstance, sa vision de la justice était telle que chaque acte bon ou mauvais devait toujours s’accompagner d’une récompense ou d’une punition. Parfois même les deux en même temps ; le bien n’effaçant pas le mal et le mal n’effaçant pas le bien. Le tout était de rester le plus impartial possible pour toujours rendre un verdict proportionnel à l’action commise. Devenu, au fil du temps, de plus en plus déterminé à concrétiser ses obligations ; Qassius Van Arthur rejoignit le commandement des armées de la cité de son frère. Cela ne fit d’ailleurs que renforcer tout autant ses capacités de guerrier et de stratège que son profond respect envers ses hommes. Ceux-là même qui se tenaient prêts à donner leur vie pour garantir la justice dans tout Fort-Brillant.

Bien qu’il fût trop jeune pour se souvenir de la Première Tempus Belli, le futur Dragon Noir fut cependant aux premières loges du second conflit global de Fabula. La folie de « La Bête de Gévaudan » l’avait poussé à envahir l’intégralité du continent d’Hivrian. Chose qui ne manqua pas de provoquer une réponse immédiate du reste de Fabula qui déclara aussitôt la guerre au Royaume de l’Hiver. Claudius, suite à la déclaration d’indépendance de sa Cité-État, prit alors la décision de partir lui-même s’occuper du roi ; nommant ainsi ses deux frères à la tête de Fort-Brillant en son absence. Laissant le plus jeune, Straffius, aux commandes de toute la partie logistique ; Qassius dut quant à lui occuper les plus hautes responsabilités en assurant la protection de l’intégralité de la cité. Quoiqu’il puisse se produire, Fort-Brillant ne devait pas tomber. Et malgré toutes les bassesses que son aîné lui fit subir depuis leur enfance jusqu’à ce jour en passant par son mariage ; Qassius accomplit son devoir. Confinant toute une partie de la population Fortianne au sein de la Forteresse des Van Arthur, le puîné à la volonté de fer dut ainsi essuyer un siège terrible qui s’étala sur plusieurs mois. Rapidement, les vivres, l’eau et l’équipement vinrent à manquer ; ce à quoi s’ajoutèrent également les maladies. Bloqué dans ce bastion, en compagnie de sa femme Shadia et de son jeune fils Esteban ; Qassius n’eut d’autre choix que de subir ce siège comme les autres et de tenir jusqu’à l’arrivée de potentiels renforts. Or, ces derniers se firent attendre ; à tel point que beaucoup finirent par perdre espoir. Mais espoir ou non : jamais le futur Pilier du Devoir ne romprait. Il fallut manger les chevaux, puis les chats, puis les chiens fidèles – à sa plus grande peine – puis les rats … Et lorsqu’il n’y eut plus rien de vivant : les semelles de bottes. N’importe quoi ferait l’affaire. Mais ils tiendraient bon.

Chacun était logé à la même enseigne. Nobles, roturiers, enfants, vieillards, hommes, femmes, … Personne n’avait droit à plus qu’un autre et aucun traitement de faveur n’était accepté. D’ailleurs, ni Qassius, ni sa famille ne firent exception à la règle. Jamais le futur « Dragon Noir » ne se permettait de prendre plus qu'un autre. Il contribuait aux efforts collectifs comme les autres. Il souffrait comme les autres. Le reste des Hommes ne lui obéissait ni parce qu'il était en charge, ni parce qu'il était un Van Arthur. N'importe qui dans cette situation désespérée aurait tenté une mutinerie ou aurait collaboré avec l'ennemi dans l'espoir d'être sauvé. Mais non : ces Hommes lui obéissaient parce qu'ils croyaient en lui, parce qu'ils avaient confiance en lui ... Parce qu'il était l'un des leurs. Pour triompher, l’unité devait être préservée. Et pour que l’unité soit préservée, un effort commun devait être fourni. Fort heureusement, un jeune rebâtisseur téméraire parvint à survoler les lignes ennemies, ramenant quelques rations et informations avec lui. Rien de bien suffisant, mais assez pour tenir quelques jours de plus. Les tentatives désespérées s’enchaînèrent, aussi bien d’un côté que de l’autre. Qassius fut même contraint de tirer – à une occasion - sur des vaisseaux alliés, tant ces derniers représentaient un danger entre les mains de l’ennemi. Et puis, finalement, les renforts tant attendus – commandés par le Major Alec Boldwin - firent leur apparition ; ouvrant ainsi la voie à une dernière charge contre Gévaudan dirigée par Qassius Van Arthur en personne. Tous ceux alors en capacité de se battre – y compris les enfants - furent mobilisés lors cet assaut final. Ce dernier se soldant par une victoire définitive sur l’ennemi et la libération de la Cité-État des Terres de l’Est. Cet évènement sonnant les débuts de la fin de la guerre, ainsi que ceux d’une relation nouvelle unissant les hommes de Fort-Brillant, d’Atolcost et de Célestia.

Une fois la Bête de Gévaudan vaincue et remplacée par le Roi Minotaure, Qassius fut nommé Pilier du Devoir de Fort-Brillant ; en remerciements pour ses bons et loyaux services. Ce qui ne signifiait pas pour autant une plus grande considération de la part de son frère ; simplement de la part du nouveau Royaume de Fort-Brillant. Bien sûr, ce titre lui garantissait d’assurer la régence d’un ancien territoire Gévaudien entier. Or, le monarque à la Couronne Cornue n’accepta de lui céder que les Terres appauvries de l’Ouest, encore désolées et ravagées par les affrontements. Ne manquant pas d’y voir un énième pied de nez adressé par son frère, il accepta pleinement son rôle et contribua à les redresser du mieux qu’il put. Aussi, dut-il se charger de tous les problèmes qui sévissaient dans la région depuis la fin de la guerre. Bandits de grands chemins, opposants à la nouvelle famille royale, organisations secrètes de mages occultes ou encore créatures magiques semant le chaos : tous passèrent au fils de l’épée de celui que l’on renommera alors officiellement « Le Dragon Noir ». Surnom acquis lorsque ce dernier se chargera en personne de délivrer les Terres du Sud-Ouest de l’immense monstre draconique aux écailles de jais qui les terrorisait. Seulement, au lieu de le pourfendre ; ce dernier revint avec lui vivant, après s’être assuré de son obéissance. Cet exploit impressionna d’ailleurs tellement « Le Grand Vautour » Salazar Vóron, que ce dernier fit appel à ses services pour reprendre son navire de guerre dérobé par la flotte du capitaine Barbe-Bleue. Bien qu’il ne pût revenir avec, le Dragon Noir fut néanmoins le premier à infliger une défaite cuisante à l’armada pirate en coulant leur récente acquisition après les avoir stratégiquement mis en échec à l’aide d’habiles manœuvres ; forçant ces derniers à prendre la fuite.

Si aujourd’hui nul n’ignore ses exploits sur Fort-Brillant, il n’en demeure pas moins que la Couronne, quant à elle, n’eut de cesse de minimiser leur importance. Cette même Couronne qui le poussa pourtant à sacrifier plusieurs parties de son corps, afin qu’elles soient remplacées par des améliorations prosthétiques Atolcostiennes. Officiellement, cela était censé prouver leur attachement à l’APF ; mais officieusement, tout le monde savait qu’il ne s’agissait que d’une volonté mégalomaniaque de ses frères pour démontrer leur supériorité absolue au reste du monde. Or, bien qu’il fût opposé à l’idée, le Dragon Noir n’opposa aucune résistance. Certes, il ne partageait en rien les grandes aspirations du reste de sa famille, les jugeant même incohérentes avec leurs traditions ouvertement hostiles à toute forme de technologie. Pourtant, son devoir l’obligeait à faire passer ses considérations personnelles après les bonnes relations de son Royaume sur le plan international. Et s’il ne suffisait que de remplacer quelques membres pour éviter qu’une nouvelle guerre n’éclate, il ne faisait aucun doute quant à où irait sa priorité. De toute façon, ce n’était pas comme si le choix lui fut laissé. Au même titre que chacun des autres membres de sa famille, d’ailleurs.

Seulement, ce fut loin d’être la dernière forte opposition de point de vue entre Qassius et la Couronne de Fort-Brillant. En effet, il n’était pas rare que Claudius fasse fi de ce qui semblait juste ou proportionné à son frère ; pour se tourner vers des décisions drastiques, démesurées ou laissant une place prépondérante à son émotion du moment. Ce fut notamment le cas lors du procès du Prince Xavier qui – après avoir désobéi au Roi et aux traditions du Royaume – fut pratiquement condamné à mort par son propre père. Et ce, malgré les tentatives du Dragon Noir pour calmer le jeu en tentant de trouver une plus juste peine. Finalement, cela se solda par un déshéritement du seigneur Pieuvre, qui fut condamné à la prison à perpétuité. Or, ce dernier étant le seul héritier légitime de sexe masculin du Roi ; les Lois de Fort-Brillant désignèrent de facto Qassius Van Arthur comme étant le nouvel héritier légitime du trône et de la Couronne Cornue. Or, cette nouvelle ne ravit personne. Le Dragon Noir ne voulait pas être roi. Claudius non plus ne le souhaitait pas le moins du monde. Mais là où ce dernier raisonnait davantage par égo ; le Pilier du Devoir craignait que cette dernière n’alterne son jugement en faisant de lui un assoiffé de pouvoir au même titre que ses frères. Pourtant, avec le temps, il finit par accepter sa situation. Si tel était son devoir, alors : en l’honneur des Lois de Fort-Brillant, il assurerait son rôle.

Devenu entretemps père d’une deuxième enfant qu’il est aujourd’hui le seul à continuer de nommer Camellia, quand tous les autres l’appellent « Cammy » - y compris elle-même - , Qassius doit aujourd’hui faire face à une autre Camellia issue de sa famille. En effet, avant de mourir, son frère Claudius aurait finalement pris la décision de léguer la Couronne Cornue ainsi que le trône de Fort-Brillant à sa fille. Or, cela s’opposait aux fondements même de leurs traditions : une femme ne pouvant être nommée à la tête du Royaume. Bien qu’il partageait certaines des convictions de sa nièce et qu’il ne remit jamais en cause ses bonnes intentions, le Dragon Noir ne pouvait lui laisser accéder au trône de la sorte. Les Lois étaient imparfaites, il était le premier à le reconnaître. Dans l’absolu, il aurait même préféré que ces dernières aient laissé la possibilité aux femmes de diriger Fort-Brillant afin de ne pas avoir à porter lui-même ce fardeau. Mais, dans le cas de Qassius : il ne s’agissait pas là d’idéologie. Il n’a d’ailleurs jamais été question d’idéologie le concernant. Simplement d’obéir à son devoir de futur souverain. Or, laisser sa place à sa nièce signifierait se dérober à son devoir ; quand bien même ce dernier était la tâche la plus ingrate qui soit. Et il en était hors de question.

Proposant malgré tout à la Citoyenne Régente auto-proclamée une place au sein de sa Cour sans la moindre représaille, tout en l’autorisant à abandonner son titre de princesse au profit de celui de « citoyenne » ; l’oncle de Camellia accepta même de gracier officiellement son frère aussitôt aurait-elle abaissé ses étendards. Cette dernière refusa. Cela signa le début des hostilités entre son camp Légitimiste et celui des Loyalistes des jumeaux Van Arthur. Bénéficiant du soutien du Grand Vautour ainsi que de celui de nombreux nobles fidèles aux traditions Fortiannes ; Qassius Van Arthur incarne désormais la principale opposition à la Wyverne Rouge et à son frère la Pieuvre. Quittant son Bastion Noir des Terres de l’Ouest pour assurer l’invasion du territoire stratégique de son frère « Le Paon », le Dragon Noir est certain que cela pourrait bien déterminer l’issue de la guerre.

Refusant le soutien militaire d’Atolcost - au même titre qu’une quelconque aide de l’APF – Qassius compte bien mater l’opposition de sa nièce et de son neveu par lui-même, sans impliquer le reste du monde dans ce conflit. Hormis peut-être au travers de la présence à ses côtés de soi-disant émissaires chargés de retrouver un bien étrange cavalier pour sauver Fabula... Bien qu’en sous-effectif militaire, ce dernier a l’expérience de son côté et détruira quiconque refusera de plier le genou devant lui. Adoptant une bannière arborant un dragon noir sur fond rouge - sensé le représenter baignant dans le sang de tous ses ennemis - le Pilier du Devoir s’apprête désormais à marcher vers les Terres du Nord. Il marchera vers la victoire, ou il marchera vers la défaite ; mais il ira de l’avant et toujours de l’avant. Il se battra jusqu’à la fin, et continuera encore après.

Il est le roi légitime. Et il compte bien reprendre ce qui lui appartient de droit.