Filipin Croquette

« Ce qui compte, ce n'est pas la taille ou l'apparence. Les gens jugent trop l'extérieur. L'important, c'est le rang et la fortune ! »

- Messire Filipin Croquette « Le Chat de Canapé »

L’alchimie est une science noble, réservée aux érudits les plus brillants d’Hivrian. Contrairement à la magie, celle-ci peut s’expliquer par des formules et des calculs purement logiques. Seuls les ingrédients et les réceptacles utilisés lors de son élaboration peuvent être sources de questionnements pour les esprits les plus rationnels. Mêlant mathématiques, chimie et incantations, il ne suffit pas de simples connaissances magiques pour espérer devenir Maître en la matière. Ce titre nécessite en effet, la plupart du temps, de passer par les plus grandes Écoles de Magie du Royaume de l’Hiver. Afin d’obtenir les connaissances suffisantes tant sur le plan théorique que pratique, les apprentis alchimistes doivent souvent consacrer une part significative de leur temps à alterner entre lectures et expériences. En cela, ils sont souvent perçus dans l’imaginaire collectif comme de vieux mages ayant accepté de dédier leur vie à leur profession. Et ce, quitte à en abandonner leur titre de noblesse ; à l’instar du « Faucon Merlin » Herbert Stiglitz, par exemple. Pourtant, il demeure des exceptions à la règle. Dont une bien plus remarquable que n’importe laquelle d’entre elles.

En effet, quand la noblesse prime sur la science : il est un seul et même nom qui semble revenir dans la bouche des membres les plus éminents de la communauté magique médiévale. Un nom qui - malgré des compétences et des prouesses indéniables – persiste dans sa volonté d’établir une hiérarchie opposée à celle de son ordre. Ce nom : c’est celui de Straffius Van Arthur. Et ensuite, vient celui de Messire Croquette.

Descendant d’une noble famille originaire des Terres du Nord-Est de Gévaudan, Filipin Croquette eut droit aux meilleures études et à la meilleure éducation possible. Afin de briller en société, ses parents lui permirent, en effet, de rejoindre les rangs de l’Académie de Magie des Terres du Nord. Seulement, si les mages furent toujours bien perçus sur Fort-Brillant ; l’élite intellectuelle demeurait souvent affiliée aux corps des Maîtres Alchimistes. Arrogant, sûr de lui et parvenu, Croquette fit ainsi son entrée au sein de la communauté alchimique. Guidé par sa volonté de prouver sa supériorité aux autres, il se spécialisa très vite sur l’aspect mathématique de la discipline. En effet, là où tant d’autres de ses confrères voyaient avant tout en l’alchimie une sous-branche de la magie, Filipin était avant tout guidé par le côté pratique et tangible de cette dernière. Une matière n’avait après tout d’importance à ses yeux que si elle pouvait contribuer de façon concrète et efficace à son élévation dans la société du passé. Or, la magie demeurait une force trop imprévisible et indescriptible pour être considérée comme viable. Là où l’alchimie, quant à elle, pouvait être parfaitement maîtrisée du moment où les calculs s’avéraient exacts. L’opportunisme et l’ambition de Croquette n’étaient après tout dépassés que par sa grande couardise. Il ne lui fallait donc prendre aucun risque et éviter au maximum tout résultat incertain. Ainsi, aucune chance de se confronter au moindre échec ou à la moindre difficulté. Seules ses prouesses devaient être reconnues.

Néanmoins, être doué ne signifiait pas nécessairement être supérieur aux autres. Réflexion qui le poussa à profiter de son statut et de la richesse de sa famille pour acheter les services de confrères tout aussi – si ce n’est plus – brillants que lui. De cette façon, il limitait la concurrence tout en profitant de leurs travaux pour accroître son prestige. En échange d’un peu d’argent et de belles promesses, Croquette s’accaparait tout leur gloire en déposant simplement son nom sur leurs rendus finaux. Plus besoin de faire des recherches par lui-même, puisqu’il était déjà crédité sur toutes celles de ses collègues. Après tout, le chat aime manger le poisson, mais pas le pêcher. Bien que ses petits arrangements ne furent pas sans éveiller la méfiance du corps enseignant, Filipin briguait l’attention du comité de l’Académie chargé de désigner leur représentant pour le prochain tournoi des 4 Écoles. Cependant, ce fut finalement un certain Raimond de Blafardian qui fut choisi et qui remporta la compétition. Résultat qui ne fut pas sans irriter Croquette qui venait de se faire damer le pion par un petit margrave de seconde zone proche de ce bas peuple qu’il méprisait tant.

Chaque chose devait rester à sa place. Les riches devaient être très riches et les pauvres très pauvres. Les nobles devaient dominer et les roturiers être dominés. Et ceux du milieu ne devaient pas faire de vague. Après tout, remettre en cause cet état de fait revenait à remettre en cause l’ensemble de la société médiévale. Il ne se comportait jamais que comme n’importe quel autre membre de sa caste attaché à ses traditions… Et, dans son cas, surtout à la sécurité garantie par sa position. Or, cette même sécurité finit par être remise en cause lorsque le roi Gilford Cœur-de-Lion se mit soudainement à envahir ses pays voisins, déclenchant alors une nouvelle Tempus Belli.

Aussitôt la nouvelle lui fut-elle annoncée, Croquette abandonna tout ce qu’il avait sur le feu pour partir se réfugier au sein de son fief. Préférant se terrer dans une chambre secrète pour éviter d’être mobilisé sur le front – attendant patiemment la fin de la guerre pour en sortir – il déclara malgré tout son complet soutien au Royaume de Gévaudan. Non pas par patriotisme, bien sûr ; mais tout simplement pour se ranger aux côtés du camp le plus fort. Sentant cependant que le vent commençait de plus en plus à tourner, l’alchimiste aux dents longues attendit le bon moment pour retourner sa veste en adressant tout son soutien à la Cité-État de Fort-Brillant. En gage de sa bonne foi, il fit même porter à Qassius Van Arthur des vivres, de l’or et des potions en tout genre. Dons qui lui valurent d’être accepté en tant qu’allié de Fort-Brillant, faisant ainsi fi de sa précédente allégeance. Messire Croquette ayant misé sur le bon cheval, aucune représaille ne fut entreprise ni contre lui, ni contre ses terres. Au contraire, il fut récompensé par la Couronne des années plus tard en obtenant le poste de Ministre de l’Économie et des Finances. Du fait de la richesse et de la prospérité de son fief, le Roi Minotaure lui-même pressentit l’alchimiste à la langue bien pendue comme le successeur parfait de son frère Straffius, alors fraîchement démis de ses fonctions.

Ainsi, cette nomination permit l’entrée remarquée de Messire Filipin Croquette dans la Cour du roi et son apogée dans la hiérarchie Fortianne. Surnommé « Le Chat de Canapé » par ses pairs du fait de l’air hautain et dédaigneux qu’il adressait à tous ceux qui n’étaient pas ses supérieurs hiérarchiques – tout en restant allongé toute la journée sur le fauteuil de son bureau tandis que ses subordonnés travaillaient pour lui - ; Croquette fut un ministre pour le moins controversé. Lâche et paresseux jusqu’au bout des ongles, ce dernier se permettait malgré tout de donner des conseils et d’adresser ses critiques à chacun de ses collègues. Sachant qu’il ne prenait des risques que s’il s’attaquait à plus fort que lui, le ministre au poil roux concentrait ainsi ses attaques verbales sur le reste de son entourage, et en particulier sur son collègue et ancien camarade d’académie : « Le Surmulot ».

Malgré tout, les différentes opérations menées aussi bien par les uns que par les autres contribuèrent à vider de plus en plus vite les caisses royales. Croquette avait beau avoir le dernier mot sur les dépenses du royaume, ce dernier passait plus de temps à somnoler au travail ou à se concentrer sur ses prochains projets alchimiques plutôt qu’à étudier en détails la situation économique du pays. Préférant blâmer le travail de son prédécesseur chaque fois qu’il en avait l’occasion - afin de se dédouaner de la situation en désignant un bouc-émissaire à qui faire porter le chapeau – il tomba finalement de haut lorsque ce dernier finit par apprendre ses quolibets. Recevant un soufflet du Paon à l’occasion d’un dîner mondain - dont ils étaient tous deux très friands – Croquette fut ainsi officiellement et pour la première fois défié en duel devant toute la bonne société. Préférant refuser et perdre son honneur plutôt que de prendre le risque de se mettre en danger, le fait que Straffius lui laissa le choix des armes le poussa malgré tout à accepter. En effet, il ne lui suffirait que de faire ingérer une simple potion à son adversaire avant le début du duel pour être certain de finir victorieux. Ainsi, prit-il la décision de verser l’une de ses concoctions dans sa coupe de champagne et une autre dans celle de son adversaire. Or, à vouloir jouer au plus rusé avec le Pilier de la Ruse : on y perd des plumes. Par un habile subterfuge, Straffius parvint à inverser les coupes et put ainsi profiter de la situation pour changer Croquette en une créature magique pourvue de parole semblable en tout point à un gros matou à poils roux et aux pouces opposables.

Implorant misérablement le seigneur Paon de bien vouloir l’épargner, le ministre accepta de renier toute dignité et de s’humilier en public pour rester en vie. Le Régent des Terres du Nord, amusé, souscrivit finalement à sa demande. Cependant, en guise de réparation, il n’exigea rien de moins que sa démission immédiate, accompagnée d’un tribu monétaire conséquent, ainsi que d’une liste de potions extrêmement rares que le Chat de Canapé était le seul à posséder. Chat échaudé craignant l’eau froide, Croquette s’y plia et partit rejoindre son fief, abandonnant ainsi définitivement la Cour royale. Tentant vainement de trouver une potion capable de le guérir, l’ancien ministre finit malgré tout par accepter sa situation. Bien qu’il détestât le fait qu’on le traite comme un chat, son appréciation des siestes sous soleil de midi et des gratouillis derrière l’oreille n’en furent que démultipliées. Au final, il ne chercha plus tellement à redevenir humain – sachant de toute façon pertinemment que seul Straffius pourrait lever le maléfice – pour se contenter d’apprécier pleinement les avantages de la vie de minet. Avantages qui s’avéraient être bien plus nombreux que prévus.

Bien à l’abris chez lui, la tranquillité de ses recherches alchimiques fut néanmoins soudainement troublée par la déclaration d’une guerre de succession au trône et à la Couronne Cornue opposant Camellia Van Arthur à son oncle Qassius. Rejoignant immédiatement le camp du Dragon Noir – qu’il considérait à la fois comme le plus fort et le seul qui lui permettrait de préserver ses privilèges de nobles – Messire Croquette mit ainsi à la disposition de ce dernier : ses hommes, ses potions et ses petites griffes manucurées. Chose qui lui valut d’être officiellement nommé : Maître Alchimiste du Pilier du Devoir. Désormais autorisé à siéger au même titre que les autres Légitimistes autour de la table peinte du Bastion Noir de Fort-Brillant, le Chat de Canapé espère maintenant pouvoir également contribuer à son échelle à l’invasion des Terres du Nord de Straffius Van Arthur. Pour ainsi dire, la chute du Paon le satisferait tant qu’il en viendrait même à proposer un verre d’eau aux deux petits nouveaux alliés de son futur roi pour fêter ça… Pas trop plein le verre d’eau, cela dit.

Les Personnages Liés

Nation

Les Histoires Liées