Les Personnages Liés
Nation
Honneur, justice, traditions. Tels sont les causes pour lesquelles le jeune et fougueux Esteban Van Arthur s’est juré de dédier sa vie. Fils du Dragon Noir et de la Jument ; ce dernier répond désormais au titre de Prince héritier, ne laissant par ailleurs personne remettre en cause la légitimité de son rang. Car cela signifierait s’opposer à celle de son père, souverain des Légitimistes de Fort-Brillant et reconnu par leurs lois en tant que successeur du Roi Minotaure. D’ailleurs suspecté d’être l’un des nombreux bâtards de ce dernier - chose qui bouleverserait complètement l’ordre de succession à la Couronne Cornue si cela s’avérait exact – l’intrépide guerrier à l’armure dorée rutilante n’accorda pour autant jamais la moindre forme de crédit à ces boniments. Sa mère n’a, après tout, jamais cessé de lui offrir tout l’amour qu’il pouvait souhaiter recevoir. Et s’il est vrai que son père est toujours resté distant à son égard, l’on ne pouvait pas vraiment dire qu’il ne se comportait comme ça qu’avec lui, loin s’en faut. Or, le jeune homme savait qu’il saurait un jour se montrer digne de l’estime du Dragon Noir. Ce dernier lui ayant même déjà fait part de sa fierté à une reprise ; suite au courage dont il fit preuve lors du siège de la Forteresse de Fort-Brillant.
Ayant dût endurer cette épreuve aux côtés de ses parents, alors seulement âgé de huit ans, le garçon aux apparats dorés connut la soif, la faim et la maladie. Mais, contrairement à beaucoup d’autres, jamais la peur de mourir. En effet, doté d’une hardiesse sans pareille et d’une témérité proche de la folie, Esteban fut conditionné dès l’enfance à souscrire aux leçons de vie de son père. À savoir : la nécessité du sacrifice de soi au profit de son devoir ; au grand damne de sa mère. De ces dernières, il en tira une passion irrationnelle pour l’héroïsme et la noblesse d’âme. S’il ne pouvait vivre qu’une fois, alors autant faire en sorte qu’il n’ait pas à avoir honte de cette dernière en la dédiant aux causes assez dignes pour que l’on meurt pour elles. Et la Seconde Tempus Belli ne fit pas exception à la règle. Bien qu’il fût particulièrement complexe de se contenter de rats, de racines et de semelles de bottes en guise de repas - devant même parfois offrir sa part aux assiégés les plus affamés – le plus difficile à vivre pour lui restait de voir ses parents subir ce même sort sans qu’il ne puisse rien y faire.
De cette rude épreuve naquit en lui une véritable haine pour l’inaction. Bien qu’il ne prétendît jamais avoir l’étoffe d’un stratège, le jeune homme demeurait un bon combattant à la génétique avantageuse et à la persévérance infatigable. Aussi, ne parvenait-il pas à comprendre pourquoi personne ne se contentait de partir affronter directement l’ennemi, afin de briser le siège une bonne fois pour toutes. Tout ce qu’il fallait c’était un homme assez courageux pour s’aventurer hors des murs de la forteresse afin de capturer ou vaincre les généraux ennemis. Or, ne pouvant que constater que son père refusait de changer sa stratégie, alors que les vivres se faisaient de moins en moins présentes et que le moral des assiégés était au plus bas, il sut que cet homme : ce serait lui !
Profitant de la nuit tombée pour s’exfiltrer, alors uniquement armé de sa lance favorite ; le jeune héros en devenir parvint à quitter sa chambre en se faufilant entre les différents couloirs sans que personne ne s’en rende compte. Personne à l’exception d’une voix qui se mit à l’interpeller avant qu’il n’aille plus loin. Cette dernière l’abjurait de partir, lui demandant s’il mesurait les conséquences de ce qui se passerait si jamais il se faisait capturer par l’ennemi. Cherchant désespérément à qui pouvait bien appartenir cette voix si calme et pourtant si déterminée, le regard d’Esteban finit par se poser sur un bien étrange garçon aux cheveux et aux yeux bleu foncé, d’un âge similaire au sien et affichant un visage dépourvu de toute émotion. En sa qualité de fils du seigneur Qassius Van Arthur, le futur prince ordonna à l’intriguant roturier de s’écarter de sa route et de le laisser passer. Il n’en fit rien.
Prêt à bousculer l’enfant qui lui barrait le passage pour sauver les pauvres gens victimes de ce siège, Esteban Van Arthur s’approcha dans sa direction, maintenant solidement son arme. Ni une, ni deux, il fut renvoyé en arrière en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire sans même se rendre compte de ce qui venait de se produire. À la fois agacé par l’insolence du garçon et amusé par le défi qu’il lui apportait, Esteban bondit sur son adversaire, prêt à abattre sa lance sur son crâne. Il savait, après tout, qu’il ne lui suffirait que d’une seule égratignure pour instantanément remporter ce duel. Or, il ne parvint pas à le toucher une seule fois. Ordonnant à l’étrange jeune homme de se défendre, ce dernier ne rendit pas le moindre coup. Pourtant, il finit par le désarmer ; lui confisquant sa lance par la même occasion. Bien qu’il fût pris d’une envie presque instinctive de se jeter sur le jeune effronté pour arracher son arme fétiche des mains de ce garnement, sa fierté blessée ne put prendre le dessus sur sa réalisation du fait accompli. Comment pouvait-il espérer vaincre le haut-commandement Gévaudien à lui seul s’il ne parvenait même pas à venir à bout d’un enfant désarmé ? Et ce, même s’il était clair qu’il ne s’agissait pas là de n’importe quel enfant désarmé.
Acceptant avec humilité sa défaite, Esteban tendit la main au garçon en lui faisant une proposition. Il était prêt à abandonner son plan d’attaque en solitaire si ce dernier acceptait de devenir son nouveau partenaire d’entraînement. Rendant sa lance au fils du Dragon Noir, le jeune homme hocha la tête. Ensemble, ils passèrent des heures entières à croiser le fer. Et ce, tous les jours pendant plusieurs semaines. Les deux garçons devinrent ainsi rapidement inséparables, au point où ils en arrivèrent presque à oublier l’horreur de la période qu’ils étaient en train de vivre. N’ayant de cesse de renforcer ses capacités et sa maîtrise, le jeune Van Arthur avait l’impression qu’un simple combat avec son nouvel ami Jude suffisait à dépasser tout ce qu’on lui avait appris par le passé. À force, il parvint même quelques fois à prendre le dessus sur lui. Il faut dire qu’il progressait bien plus en affrontant Jude que l’inverse. Ses prouesses furent d’ailleurs remarquées par le Dragon Noir lui-même. Raison pour laquelle, lorsqu’il fallut lancer la contre-offensive, ce dernier ordonna à ce que les deux amis participent à la charge finale contre Gévaudan, visant à briser une bonne fois pour toute le siège. Bien que sa mère, Shadia, tenta de le raisonner pour qu’il ne parte pas combattre ; il était trop tard pour que son fils renonce à ce qui serait alors la plus grande bataille de sa vie.
Grandiose, époustouflante, majestueuse, sans commune mesure : tels étaient les mots qui revinrent en tête au jeune homme chaque fois qu’il repensait à la moindre seconde de cet affrontement légendaire. La bravoure dont il fit preuve ce jour-là malgré son jeune âge fut telle qu’on le surnomma dès lors : « Le Lionceau ». Pourtant, ce serait oublié tous les morts que cette dernière entraîna. Jude lui-même fut gravement blessé, perdant également son père dans la foulée ; ce qui refroidit instantanément ses ardeurs et son enthousiasme guerrier. Néanmoins, lorsqu’il lui fut annoncé que le garçon aux cheveux bleu foncé était finalement tiré d’affaire ; Esteban tomba des nues lorsqu’il tomba nez à nez avec une fille aux cheveux et aux yeux bleu foncé reposant dans la couchette de son ami. Lorsqu’il lui fut expliqué qu’il s’agissait bel et bien là de la même personne, il fut dans un premier temps grandement rassuré. Et puis, il ne put s’empêcher de ressentir quelque chose d’autre que du soulagement. Une émotion profonde qui lui nouait l’estomac et lui asséchait la gorge.
Avec le temps, ce dernier finit par accepter l’ampleur de ses véritables sentiments envers Jude, sans jamais trouver la force de les lui avouer pour autant. Il restait son meilleur ami ; mais, en même temps, son cœur battait la chamade chaque fois qu’elle était à ses côtés. Cet amour impossible le poussa à implorer son père d’anoblir cette dernière en l’honneur de sa bravoure et de celle de son père lors du siège de Fort-Brillant. Ce fut-là l’unique demande qu’il n’osa jamais réclamer au Pilier du Devoir. Ainsi, devant l’insistance de son fils - compte tenu du travail admirable de formateur dont « Le Dragon Barbu » avait fait preuve par le passé – Qassius accepta ; plaçant ce dernier à son service. Bien qu’heureux de savoir Jude à ses côtés, Esteban ne demeurait pas plus capable qu’auparavant de mettre des mots sur la nature de la relation vers laquelle il souhaitait qu’ils se dirigent. Ils étaient déjà meilleurs amis, alors cela valait-il la peine d’essayer d’être plus que cela ? D’autant plus que sa position ne lui permettrait probablement jamais d’avoir droit à un mariage d’amour. Et encore moins avec une personne tout juste anoblie qui n’était une femme qu’une fois sur deux. Jamais son devoir ne l’y autoriserait : jamais son père ne l’y autoriserait. Pourtant, il aimait cette femme ; plus que ce que l’on aime un ami. Mais jamais cet amour ne fut assez fort pour remplacer ni l’estime de son père ; ni l’amitié qu’il conservait pour le garçon qu’il connut jadis.
Seulement, malgré tous ses efforts, il ne parvint jamais vraiment à faire abstraction de ce que lui dictait son cœur. Il était prêt à bien des sacrifices pour honorer son devoir ; mais ne s’abandonna jamais à celui-ci au point d’en épouser une autre que Jude. Le mariage était sacré à ses yeux ; un engagement pour la vie entière. Or, il se refusait à l’idée de ne pas honorer sa parole lors des promesses qu’il adresserait à sa future fiancée. Aussi trouvait-il toujours une bonne excuse pour échapper aux prétendantes que sa mère souhaitait lui présenter ; justifiant ses manquements en invoquant ce même devoir qui lui coûtait tant. Or, les années passant, le Lionceau finit par tomber à court de bonnes raisons pour se dérober à ses obligations maritales. Heureusement pour lui, le Général Jupiter s’apprêtait à entamer une traque de tous les ennemis des Van Arthur et anciens soutiens des Cœur-Noir à travers tout le Royaume de l’Hiver. Or, pour ce faire : il allait avoir besoin d’hommes. Rejoignant ainsi les rangs du Cerbère afin d’accompagner ce dernier dans sa quête ; Esteban parvint une nouvelle fois à troquer ses responsabilités pour d’autres. Ce qui ne manqua pas de donner de nouveaux cheveux blancs à sa mère ; tout en rendant son père et sa petite sœur « Cammy » fiers de sa décision. Son maître d’armes ne pouvant l’accompagner sur le front, Le Lionceau tint néanmoins à s’entretenir avec elle une dernière fois avant de partir pour une durée indéterminée. Si la légende voudrait qu’ils se soient alors embrassés pour la première fois ; les deux amis n’ébruiteront jamais ni ce qui se dît, ni ce qui se produisît ce soir-là.
Devenu un guerrier redoutable et redouté, aussi habile manieur de lance que commandant d’armée ; le Lionceau guida ainsi les hommes du Cerbère à travers les rudes Terres de l’Ouest du Royaume. Connaissant bien ces dernières - son père en étant le Régent désigné par la Couronne - il fut d’autant plus simple pour lui d’écraser les troupes ennemies sans jamais connaître de pertes trop importantes. Arborant fièrement son égide dorée et son étendard Fortian, le Lionceau garda précieusement en mémoire l’intégralité de ce qu’il avait appris aux côtés de son cher Dragon Barbu. En effet, leurs entraînements quotidiens avaient permis à Esteban de passer maître dans l’art du duel au corps à corps. Raison pour laquelle, il mit au point une stratégie – dont il abusera tout le long de sa campagne – directement inspirée de ces derniers et qu’il intitulera sobrement : « La Manœuvre du Cataclysme ». Cette dernière consistait à se positionner sur le point le plus élevé surplombant une bataille en cours et d’attendre qu’un donneur d’ordre adverse se rapproche pour lui bondir dessus, l’enfermant avec lui dans un immense cratère rocheux dont un seul ressortirait vivant. Or, compte tenu de l’entraînement, de la Morale et des améliorations prosthétiques du Lionceau : l’identité du vainqueur ne fit jamais le moindre doute. Se retrouvant ainsi soudainement privées de chef, les cohortes ennemis furent à chaque fois contraintes de battre en retraite.
Cumulant les victoires militaires, Esteban demeura ainsi longtemps l’un des combattants les plus aguerris de tout Fort-Brillant. À tel point qu’il en devenait de plus en plus arrogant et sûr de lui, sous-estimant ses adversaires plus que de raison en employant toujours la même stratégie. Seulement, son emportement et sa hardiesse démesurée lui valurent d’être finalement capturé par les forces de Némésian. Retournant son attaque prévisible contre lui, ces dernières en profitèrent pour proposer à Fort-Brillant de leur rendre leur prince aussitôt après que les troupes royales se seraient retirées de leur territoire. Bien qu’il préférât abandonner son propre neveu plutôt que de perdre la face, le Roi Minotaure se laissa malgré tout convaincre par tout son entourage – aussi bien sa famille que ses conseillers – et accepta leur offre. Claudius ne considérait même plus Némésian comme faisant partie de son Royaume, de toute façon. Là où la mort du prince à l’armure dorée rutilante risquerait, quant à elle, de faire grand bruit. Et ce, aussi bien au sein de sa Cour qu’en dehors. Cela dit, une fois libéré, il était hors de question de laisser au fils du Dragon Noir une nouvelle chance d’humilier le nom des Van Arthur. Raison pour laquelle, il fut immédiatement rapatrié sur Fort-Brillant, loin du front. Ce dernier échec cuisant valut même au Lionceau d’être raillé par Sa Majesté, au point qu’il le fasse officiellement renommer : « Le Lion-sot ». Appellation découlant d’un jeu de mots qu’il trouva une fois de plus particulièrement bien trouvée du fait de la bêtise dont son neveu avait fait preuve, l’ayant conduit à son honteuse capture.
S’en voulant davantage à lui-même qu’à son oncle pour l’attribution de cette nouvelle nomination fort peu élogieuse, Esteban prit le temps de resonger à tout cela. Cette humiliation lui fit prendre conscience qu’il lui fallait désormais agir avec plus de sagesse et moins d’orgueil. Credo qui l’accompagnera jusqu’à la mort du Roi Minotaure, signant le début des hostilités entre son père Qassius et sa cousine Camellia, auto-proclamée Citoyenne Régente. Jurant fidélité au Dragon Noir et continuant de soutenir la légitimité de sa demande ; le Lion-soit fut à nouveau accepté au sein de l’armée en sous-effectif de son père ; retrouvant alors le droit de participer aux opérations militaires de la famille Van Arthur. Seulement, cette fois-ci, il lui faudrait obéir aussi bien aux ordres de son père qu’à ceux du Grand Vautour. Or, bien qu’ayant encore beaucoup de mal à accepter de se soumettre aux stratégies de Vóron – du fait de leur vision diamétralement opposée sur la quasi-intégralité des sujets – Esteban prend désormais davantage sur lui et accepte de suivre les indications de tout homme prêt à servir fidèlement cette noble cause. Ainsi, même s’il doit désormais faire face à d’étranges alliés de dernière minute – se définissant eux-mêmes comme de parfaits incapables – le Lion-sot reste prêt à combattre à leurs côtés, tant que ces derniers ne s’écartent pas de ce qu’il considère être le droit chemin. Risquant une nouvelle fois sa vie pour la guerre d’un autre - tout en ayant promis à sa mère bien-aimée et à Jude qu’il reviendrait vivant – Esteban s’essaie désormais à la conquête des Terres du Nord, anciennement régies par son oncle Straffius. Reste à savoir si ses futurs exploits lui permettront de laver son honneur ou si un tout autre destin l’attend…