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Certainement considéré comme le guerrier le plus redoutable et le plus craint de toute l’armée du Royaume de l’Hiver, celui que l’on appelle aujourd’hui « Le Cerbère » ne descend pourtant pas d’une grande et noble lignée de combattants aguerris. À vrai dire, il n’en avait aucune et passa même toute une partie de sa vie sans répondre au moindre nom. Abandonné dès la naissance, ce dernier ignorait tout de ses origines et de sa véritable identité. La seule chose qui ait pu s’approcher d’une famille à ses yeux n’était autre que les quelques enfants des rues qui arpentaient les quartiers malfamés de Gévaudan pour trouver de quoi survivre.
Considérant ces derniers comme ses frères, le jeune homme ne pouvait supporter qu’il leur arrive quoi que ce soit. Ils étaient, après tout, les seules personnes auxquelles il tenait un tant soit peu. Hors de question de rester là, les bras croisés, pendant que l’un d’entre eux se faisait rosser par un garde ou un marchand. Si, au début, la fuite semblait être la seule option viable – les enfants n’ayant clairement pas la force suffisante pour lutter contre des adultes armés - le jeune homme ne put jamais vraiment se satisfaire de cette stratégie. À ses yeux, leur situation était telle que fuir ne ferait que retarder l’inévitable. D’autant plus qu’il ne comptait plus le nombre de ses frères tombés après avoir été attrapés lors de leurs retraites incessantes. Très vite, il en eut assez de courir pour sa vie. Désormais, il se battrait pour elle.
Comprenant très tôt que pour avoir la paix : il devrait obtenir le respect, et que pour obtenir le respect : il faudrait l’imposer ; le jeune homme devint les muscles de son groupe. S’attaquant à quiconque osant l’importuner, il bondissait sur ses ennemis avec toute la hargne et la fureur d’un chien enragé. Il ne fallut que très peu de temps à ses pairs pour qu’ils remarquent que plus leur frère blessait ses opposants, plus il semblait résistant, rapide et puissant dans ses coups ; ne se contenant que d’une simple goutte de sang pour éveiller son plein potentiel. De ce comportement brutal, ces derniers le rebaptisèrent : Brutus. Un nom peu inspiré qui fut malgré tout particulièrement efficace pour décourager quiconque de s’en prendre à lui ou aux siens. Et ce, à tel point que les gardes royaux eux-mêmes préféraient parfois fermer les yeux plutôt que de tenter un affrontement frontal avec lui.
Cet état de fait conforta Brutus dans ses convictions. Seule la force brute lui avait assuré le respect et la crainte d’autrui. Si ses frères avaient continué à agir en lâches en fuyant face à l’adversité, peut-être seraient-ils encore en train de se terrer quelque part, comme des rats, en attendant que la garde passe. De cette vision des choses naquirent une haine et un mépris viscérale du jeune homme pour la faiblesse et la couardise. Il ne toléra plus aucune reddition, ni retraite. À tel point que lorsque l’un des membres de sa propre famille fuyait ses ennemis au lieu de les combattre, Brutus l’abandonnait à son sort ; considérant qu’il n’avait pas mérité d’être sauvé. Là où, à l’inverse, lorsqu’un ennemi se risquait à l’attaquer de face ; il acceptait de lui laisser la vie sauve après lui avoir seulement brisé quelques os.
Ainsi, du fait de l’extrémisme de sa philosophie de vie, ses frères finirent lentement mais sûrement par l’ostraciser, ne pouvant plus vraiment compter sur sa protection en toute circonstance. Or, suite à ce second abandon par les siens, la colère de Brutus n’en devint que plus grande. Ses actes de violence furent de plus en plus nombreux et de plus en plus extrêmes. Et ce, à tel point que la garde elle-même eut à intervenir. Sachant pertinemment que ce dernier ne se rendrait pas sans combattre et qu’il risquait d’emporter plusieurs d’entre eux dans la tombe si un affrontement avait lieu, le plus haut-gradé de la troupe préféra proposer un échange de bons procédés au jeune homme. La garde Gévaudienne passerait l’éponge sur ses exactions passées et lui offrirait l’occasion de libérer toute la violence qui sommeillait en lui si ce dernier acceptait d’intégrer l’armée du Royaume de l’Hiver. Bien qu’il fût encore mineur, il n’était pas rare de voir des enfants des rues ainsi recrutés. Ces derniers n’étaient pas reconnus par la Couronne et puisqu’aucun document officiel ne pouvait attester de leur âge, tout était permis les concernant. Considérant cette proposition comme entièrement bénéfique, Brutus accepta et rejoignit les rangs de Gévaudan.
S’en suivit une carrière militaire exemplaire où la discipline, la combattivité et le charisme naturel de Brutus lui permirent de monter rapidement les échelons. Surnommé « Le Cerbère » par sa hiérarchie, en raison de sa bestialité sur le champ de bataille – donnant l’impression d’un chien à trois têtes dévorant le corps de ses victimes – ce dernier demeurait malgré tout insatisfait de sa situation. Né après la Première Tempus Belli, le jeune colosse à la cape rouge accusait le Roi de Gévaudan alors au pouvoir, Gilford Cœur-de-Lion, de faire passer son Royaume pour des lâches et des faibles en se prosternant devant les anciennes nations ennemies. Aussi trouva-t-il le temps particulièrement long lors du règne de ce dernier. Servir un Roi faible, à la tête d’une nation de poltrons, trop effrayé pour oser faire preuve d’autorité et de ferveur face à Atolcost et Célestia ; tout ça le dégoûtait au plus haut point. En effet, Brutus se moquait éperdument de son Royaume et de qui le dirigeait. Tout ce qui l’intéressait, c’était de se battre pour une cause qui en vaille la peine, pour quelque chose ou quelqu’un qui ferait prévaloir sa vision du monde. Chose à laquelle il eut finalement droit lorsque « La Bête de Gévaudan » donna l’ordre d’envahir l’intégralité du continent d’Hivrian, au plus grand plaisir du Cerbère. Percevant cette déclaration de guerre comme un cadeau pour son 27ème anniversaire, ce dernier fut déployé sur Historian et conquit le pays avec ses hommes en à peine plus d’une journée. Pourtant, à son plus grand étonnement, il n’y prit aucun plaisir. Faire la guerre ailleurs n’était pas comme la faire chez lui. Trop de prisonniers, trop de clémence pour les vaincus, pas assez d’honneur, ni de bravoure.
Fort heureusement, la cité de Fort-Brillant venait tout juste de déclarer son indépendance et son opposition au Roi Cœur-de-Lion ; laissant ainsi peu de doute quant à la prochaine cible de la Couronne. Et qui de mieux placé que le Cerbère pour s’occuper de ce genre de chose ? Redéployé dans les Terres de l’Est avec le reste de sa garnison, les forces Gévaudiennes tombèrent des nues lorsqu’elles furent confrontées à la farouche résistance Fortianne. Incapables de percer leurs défenses et de briser leurs formations, la décision fut prise par le haut-commandement Gévaudien d’établir un siège autour de la ville pour forcer les hommes de Qassius Van Arthur à se rendre. Or, cette décision enragea Brutus, persuadé qu’un assaut frontal bien mené suffirait à écraser cette vermine. Il prit malgré tout sur lui durant une semaine entière, acceptant de faire preuve de patience, bien qu’il fût intimement persuadé que les insurgés Fortians tiendraient bon jusqu’au bout. Et les faits lui donnèrent raison. Irrité au plus haut point du fait de cette considérable perte de temps, le Cerbère prit finalement la décision d’entrer dans la tente de ses supérieurs hiérarchiques afin de leur exprimer son mécontentement. Si les mots exacts prononcés lors de cet échange demeurent un mystère, tout ce que l’on sait aujourd’hui c’est qu’il s’est soldé par un ton montant et une série de cadavres de haut-gradés jonchant le sol, tranchés en deux dans le sens de la longueur. Reconnu coupable pour cet acte de haute trahison, Brutus n’eut d’autre choix que de déserter.
De toute évidence, le soldat Gévaudien avait mal choisi son camp. Il ne voulait pas quitter le champ de bataille de façon si précipitée, mais refusait encore plus de continuer de combattre pour de tels donneurs d’ordres. Ce n’est qu’alors qu’un étrange volatile aux plumes noires et aux yeux rouges se posa près de lui, maintenant entre ses serres un message qui lui était destiné l’invitant à venir à la rencontre d’un certain « Grand Vautour ». Intrigué par cette proposition inattendue et ayant déjà eu ouï dire de ce surnom par le passé ; Brutus finit par accepter, sans baisser sa garde pour autant. Il ne suffit pourtant que d’une simple discussion pour que le Cerbère rejoigne officiellement le camp de Claudius Van Arthur et de son grand stratège : Salazar Vóron. Ce dernier ne se contenta, d’ailleurs, pas seulement d’offrir à l’ancien colosse Gévaudien une place au sein de l’armée du Minotaure. Il le fit également nommer Général en chef et Héros de la Nation. En effet, Vóron savait pour l’ « acte de haute trahison », mais voyait en ce dernier une aide considérable apportée à Fort-Brillant. Partageant de nombreuses idées communes, une sincère amitié teintée d’un respect mutuel s’instaura rapidement entre les deux hommes. Vóron faisait confiance à Brutus pour mener à bien ses missions, et Brutus faisait confiance à Vóron pour les mener à la victoire.
Pourtant, jamais cette amitié et ce respect réciproque ne purent être comparés à ce que le Cerbère ressentit lorsqu’il fit face au Roi Minotaure pour la première fois. Ce dernier incarnait tout ce dont Brutus se réclamait depuis tant d’années. Un homme fort, charismatique et sans peur ; anéantissant tous ceux qui ose se dresser sur son passage et reconnaissant la valeur de ses soldats les plus valeureux. Dès lors, Brutus avait enfin trouvé une cause à laquelle dédier sa vie : celle de Claudius Van Arthur. Ainsi, une fois la Seconde Tempus Belli achevée, ce dernier partit en expédition punitive afin de mater dans le sang et avec une force écrasante les opposants à la nouvelle régence du Royaume de l’Hiver. Prenant la tête de massacres sanglants ciblant les derniers soutiens des Cœur-Noir à travers tout le Royaume ; le Général Cerbère fut accueilli en héros et même anobli par le Roi lui-même, en l’honneur de ses bons et loyaux services. Répondant désormais au nom de Jupiter – en référence à sa puissance astronomique et sa quasi-omniprésence sur le champ de bataille – Brutus fut également nommé Protecteur Royal de la descendance des Van Arthur. Jurant loyauté et fidélité à ces derniers, faisant vœu de les défendre contre vents et marées ; jamais le Cerbère n’aurait pu s’imaginer qu’un jour son serment puisse à ce point se retourner contre lui.
En effet, à la mort du Roi Minotaure, sa fille Camellia Van Arthur entra en guerre avec Salazar Vóron. Or, bien que véritablement attaché à la vision du Grand Vautour ; sa parole l’oblige à se battre pour « La Wyverne Rouge » et son frère « La Pieuvre ». Contraint de s’opposer aujourd’hui à son ancien ami, il n’en demeure pas moins qu’il ne lui fera aucun cadeau si jamais ils doivent s’affronter sur le champ de bataille ; tout en se doutant très bien que l’inverse sera réciproque. Heureusement pour lui, il sait ce dont est capable la Citoyenne Régente, ayant même pu croiser le fer avec elle par le passé. Reconnaissant aisément sa force, qu’il juge proche de celle de feu son père le Roi ; le Général Jupiter n’a aucun doute sur le fait que cette dernière n’aura pas vraiment besoin de sa protection. N’ayant que faire de la survie des autres belligérants de cette guerre, seul le sort de la jeune Amandine semble lui importer. Après tout, une telle force repose en elle ! Bien qu’il demeure l’un des seuls à la percevoir…