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Nombreuses sont les légendes narrant l’existence de créatures extraordinaires peuplant le Royaume de l’Hiver. Certaines majestueuses et bienveillantes ; d’autres monstrueuses et cruelles. Et si, bien sûr, les dragons demeurent les bêtes les plus iconiques et les plus puissantes du bestiaire de Fort-Brillant, il en demeure d’autres dont la simple évocation du nom suffit à tétaniser même le plus puissant et courageux des Hommes.
Et parmi elles, il n’en est qu’une seule si terrifiante et sanguinaire que son existence même fut remise en cause. L’on compte sur les doigts d’une main les individus assurant l’avoir un jour aperçu de leurs propres yeux ; sans que jamais aucun ne puisse le prouver. Il était plus rassurant de s’imaginer que cet assassin légendaire n’existait pas, qu’il s’agissait d’un complot ou d’une simple association de malfaiteurs. Mais son modus operandi ne mentait pas, lui. Des rats. Toujours ces mêmes sempiternels rongeurs porteurs de maladies depuis des temps immémoriaux ; grouillant auprès des montagnes de cadavres aux yeux manquants qu’il laissait derrière lui avant de se volatiliser sans laisser de traces. Même les nobles les plus influents du royaume ne pouvaient être à l’abris de celui que l’on appelait pourtant si sobrement « Le Rat ». Visiblement, le monstre n’était intéressé ni par l’argent, ni par la gloire … Ni par rien d’autre qu’un appétit insatiable pour le meurtre de sang-froid. Cela dit, d’autres racontent qu’il aurait été le Maître assassin personnel de la famille royale, chargé d’éliminer en secret leurs opposants. Seulement, ces derniers auraient ensuite tenté de se débarrasser de lui afin que l’on ne remonte jamais jusqu’à eux. Trahison qui aurait déclenché le courroux du Rat, jurant dès lors qu’il punirait chacun des nobles de ce royaume en guise de vengeance.
Sa sombre légende était telle qu’elle ne laissa de marbre aucun des représentants les plus puissants de Fort-Brillant. Incarnant notamment la plus grande peur de « La Wyverne Rouge » Camellia Van Arthur – au point de terrifier cette dernière à la vue du moindre rongeur – il semblait impossible de lutter contre cette menace invisible dotée de pouvoirs qui dépassaient toute compréhension tant elle pouvait surgir de partout, à tout moment et sans que personne ne le sache. Bastions imprenables, combattants aguerris, cohortes entières de soldats : rien ne suffit jamais à l’arrêter. De plus, il n’était pas dans ses habitudes de faire le moindre survivant, empêchant ainsi tout témoignage attestant de son existence. L’assassin légendaire aurait commencé à sévir entre la fin de la Première Tempus Belli et le début du règne de Claudius Van Arthur - ce dernier ne rêvant que de le voir un jour venir à lui pour ainsi pouvoir le terrasser lui-même – et poursuivra ses exactions encore quelques années plus tard, avant de complètement disparaître pendant près de 10 ans. Contre toute attente, il aurait finalement refait surface à la suite de l’annonce de la guerre de succession opposant la Wyverne Rouge au Dragon Noir. Du moins, c’est ce que les plus superstitieux craignaient suite à l’élimination brutale et sanglante de nombreux soutiens Loyalistes de la Citoyenne Régente.
Bien sûr, tous ne tombèrent pas dans le panneau ; se doutant qu’il s’agissait-là d’un stratagème élaboré mis en place par « Le Grand Vautour » Salazar Vóron. Pourtant, seul Xavier, le seigneur Pieuvre, fut en mesure de reconnaître la supercherie sans toutefois remettre en cause l’existence de l’assassin légendaire. Il aurait d’ailleurs lui-même assuré à sa sœur jumelle, des années auparavant, l’avoir déjà aperçu aux côtés du grand conseiller de leur père. Or, si de nombreuses zones d’ombre demeurent quant à la façon dont le jeune prince eut vent de toute cette histoire ; les faits finirent par lui donner raison.
Le Margrave Raimond de Blafardian - alors Ministre de la Magie et des Affaires magiques - put lui-même le constater en sauvant celui dont tout le Royaume craignait le surnom, avant que ce dernier ne lui rende la pareille. Bien que le Surmulot n’eût jamais droit au fin mot de l’histoire, il put malgré tout obtenir de son nouveau « meilleur copain » de nombreux éclaircissements qui remirent en cause bon nombre de ses certitudes.
Avant de devenir l’assassin légendaire redouté de tout Fort-Brillant, « Le Rat » était un homme. Un homme comme les autres, qui peinait à survivre dans un royaume en proie à la guerre. Se contentant de servir son pays en rejoignant l’armée Gévaudienne afin de lutter contre la coalition Atolcosto-Célestiaise, il fut l’unique membre de son escadron à survivre aux bombardements commandés par le général Alester Boldwin. Encaissant de plein fouet l’explosion d’un obus au-dessus de sa tête - le défigurant à jamais et le privant de cinq de ses six sens – la dernière chose dont le Gévaudien se souvient encore aujourd’hui : c’est d’avoir levé la main au ciel, alors infesté de corbeaux, en implorant ce dernier de lui venir en aide avant de perdre connaissance. Lorsqu’il se réveilla, l’homme se retrouva dans un endroit sombre et lugubre qu’il ne pouvait pourtant percevoir. Des chaînes entravaient ses moindres mouvements, le privant du toucher, et des murmures résonnaient de façon ininterrompue dans sa tête. Bien qu’aveugle, il finit par percevoir les formes qui se mouvaient tout autour de lui. Bien que sourd, il finit par comprendre que les voix qu’il entendait n’étaient pas le produit de son imagination. Bien que muet, il finit par communiquer avec elles et apprit qu’elles appartenaient aux rats qui grouillaient autour de lui. Et bien que dépourvu d’odorat et de goût, il finit par se rendre compte qu’il n’en aurait de toute façon plus jamais besoin. En effet, on ne lui apporta jamais ni d’eau, ni de nourriture ; mais il n’en ressentit à aucun moment le manque. Au même titre que le sommeil. Le pauvre homme était condamné à survivre pour toujours et à jamais, sans la moindre possibilité d’échapper à sa situation. Enfin, si tant est qu’il était toujours un homme. Or, les choses n’étaient pas si simples.
Après ce qui lui parut être une éternité, une nouvelle voix vint s’ajouter à toutes celles des rongeurs qu’il percevait jusque-là. Une voix différente qui, bien qu’elle résonnât également dans sa tête, semblait appartenir à un autre être humain. Ou peut-être était-ce celle d’un démon ? Quoiqu’il en soit, ce dernier ne put faire autrement qu’obéir à ce que cette voix lui ordonnait. C’était à la fois au-dessus de ses forces et la seule façon d’être temporairement libéré de ses entraves. Un masque de fer lui fut placé sur le visage, sans qu’il ne sache jamais vraiment à quoi il ressemblât.
Et puis, il partit. Il tua. Et puis, il revint.
Jamais il ne désobéit. Jamais il n’échoua. Toujours il repartit.
N’ayant aucune conscience de ce qu’il faisait, ni de pourquoi il le faisait : les ordres étaient les ordres et il n’avait d’autre choix que d’y obéir. De nouveaux pouvoirs lui avaient été offerts, une nouvelle magie s’était emparée de son corps et de son esprit ; au point de ne désormais faire plus qu’un avec lui. Et avec le temps, le maniement de ces compétences qu’il n’avait pourtant jamais réclamé lui permit de devenir ce que cette voix recherchait : une force de la nature instoppable, obéissante, immortelle et multifonctionnelle. « Le soldat parfait ».
Incapable de saisir l’ampleur du dessein qu’il servait, le Rat était malgré tout assez conscient de sa situation pour comprendre quelques éléments. Il savait que des expériences étaient menées de façon constante aussi bien sur son corps que sur son esprit. Chaque jour, une nouvelle capacité s’éveillait en lui. Chaque jour, sa force, ses réflexes, sa vitesse et son endurance se démultipliaient de façon exponentielle. Mais, en même temps, il devenait chaque jour un peu plus résistant au contrôle. Jamais au point de désobéir. Mais assez pour comprendre les intentions de l’être à qui appartenait cette voix sévère et sinistre qui retentissait sans relâche dans sa tête. Contribuer à « briser le cycle », telle était sa raison d’être. Incarner « la première version de ce que seront les sauveurs de l’humanité » telle serait sa destinée. « Lui qui n’était rien » allait enfin pouvoir « devenir quelqu’un, à présent » … Du moins, si un jeune ministre Fortian en quête de réponses n’en avait pas décidé autrement.
Libéré des chaînes démoniaques qui le retenaient jusqu’alors prisonnier, l’ancien assassin légendaire échappa ainsi au contrôle de cette voix qui disparut enfin de son esprit. Accompagné d’un nouveau « copain », le Rat partit se terrer aux confins des terres oubliées de Némésian, là où personne n’irait le chercher. Profitant de son éventail pratiquement illimité de pouvoirs afin de sentir arriver les potentielles menaces en lien avec la Couronne ; l’homme au masque de fer mit en place un réseau de contre-espionnage particulièrement bien rôdé. En effet, de nombreux petits éclaireurs velus et hirsutes étaient chargés de s’assurer de la présence ou non d’oiseaux noirs aux yeux rouges dans les parages. Accueillant désormais tous les rongeurs des environs au sein de l’ancien manoir abandonné et délabré qui lui sert désormais de refuge ; le Rat a ainsi fait le choix de s’isoler loin des yeux de ses anciens congénères. Son seul souhait étant désormais simplement de vivre une vie tranquille et paisible, quitte à se changer en l’un de ses petits amis murins pour le reste de ses jours. Préférant se cacher pour échapper à ses problèmes plutôt que de les affronter de face – au risque d’être retrouvé par l’homme qui le cherche encore - le Rat refuse désormais que le sang coule à nouveau à cause de lui. Hormis peut-être les deux êtres que son « copain Raimy » lui a décrit comme responsables de tous leurs malheurs. Pourtant, à ce jour, l’ancien assassin légendaire ne se mit jamais en quête de vengeance. Pas plus qu’il ne cherche le pardon. Seulement l’oubli.
Et bien qu’il fût certain, pendant un peu moins d’une décennie, d’avoir finalement obtenu la paix ; les choses changèrent du tout au tout lorsque 4 individus visiblement dépourvus de volonté de nuire vinrent à sa rencontre. Cette dernière fut accompagnée d’un affrontement avec deux belligérants extérieurs inattendus. Tentant de repousser ces intrus sans pour autant les tuer, leur affrontement fut si intense et brutal qu’il détruisit une bonne partie du manoir. Ses restes étant finalement réduits en poussière par une frappe aérienne surgissant de nulle part. Encore aux prises avec l’un de ses agresseurs lorsque cette dernière eut lieu, le Rat prit finalement la décision de se sacrifier pour sauver son opposant d’une mort certaine. Il refusait d’être une nouvelle fois responsable d’un meurtre, y compris de façon indirecte. Et puis, peut-être était-ce le bon moment pour enfin disparaître et goûter à la paix…