Les personnages liés
Nation
Plus lourd est l’héritage plus il est difficile de se montrer à la hauteur de celui-ci. Certains relèvent le défi avec brio, surpassant même les attentes de l’ancienne génération, quand d’autres finissent écrasés sous le poids du nom qu’ils portent.
La naissance d’Alestro fut une surprise pour le peu de gens qui furent informés ; le Major n’étant pas marié et n’ayant jamais montré la moindre envie de poursuivre sa lignée. Mais des quelques individus mis au courant, il en était un qui s’avéra être particulièrement satisfait par la nouvelle. En effet, le Général Boldwin, alors à la retraite depuis quelques années, et commençant sa lente et inéluctable tombée dans l’oubli, vit enfin l’opportunité qu’il attendait de pouvoir prendre sa revanche contre son propre enfant. Si son fils l’avait éclipsé, alors il n’était que justice que son petit-fils n’éclipse à son tour son père.
C’est dans cette optique qu’il prit de nombreuses décisions quant à l’éducation que recevrai Alestro durant ses premières années. Le Major était bien trop occupé pour s’en charger et la mère du jeune garçon n’avait - de l’avis du Général - pas vraiment voix au chapitre. C’est ainsi que toute l’enfance d’Alestro fut dédié à en faire le meilleur Boldwin possible.
Son éducation fut réalisée par les meilleurs précepteurs d’Atolcost, sous la surveillance de la personne en qui le Général avait le plus confiance à ce niveau-là. Cela permit à Alestro, qui était déjà un enfant très éveillé, d’acquérir de solides connaissances et de grandes capacités intellectuelles à un jeune âge. Mais, une éducation aussi stricte se fit au détriment de son enfance. Ses journées chargées de leçon ne lui donnaient que peu de répit pour jouer ou s’amuser. Ses rares moments de tranquillité n’avaient lieu que lorsque sa mère lui rendait visite, environ deux fois par semaine. Ne sortant jamais de la demeure Boldwin par soucis de sécurité, il n’eut jamais l’occasion de se faire des amis… À part une fois l’an, dans ses rêves. Ce rythme de travail acharné où les loisirs n’avaient pas leur place marqua le jeune Alestro, qui ne cessa jamais cette pratique ; pouvant même laisser croire à ceux qui le fréquenteront plus tard qu’il ne connaissait même pas le mot « détente ».
Mais ce rythme draconien ne dérangea pas Alestro. Ayant toujours été bercé par les histoires de ses aïeuls, il avait accepté que tout ce travail fût le prix à payer pour faire partie de la famille Boldwin.
Malheureusement la meilleure volonté du monde et tous les efforts qu’il pouvait fournir ne suffirent jamais à contenter son grand-père. Il ne voulait pas d’un descendent doué ou excellent, il fallait qu’il soit parfait. Malgré les conseils de son ancienne bras droit, le Général continua à pousser Alestro de plus en plus loin, certain que si son petit-fils était un véritable Boldwin : il ne craquerait pas. Si le Major pouvait porter le poids du monde sur son dos, alors Alestro devrait réussir à le porter à bout de bras.
Face à la pression toujours plus grande que le Général lui imposait, Alestro - alors âgée de 7 ans - fit ce que n’importe quel autre enfant aurait sans doute fait : un caprice. Du jour au lendemain, il refusa d’étudier, s’enfermant dans sa chambre quand les précepteurs venaient le chercher. Refusant de répondre à la moindre question posée.
Il ne fallut pas longtemps pour que le Général vienne en personne remettre en place l’enfant récalcitrant. Mais, il fit face à un enfant buté qui n’écouta ni les ordres ni les menaces du Général. Même lorsque le vieil homme se mit à hurler, le gamin eut le toupet de lui hurler dessus en retour. Excédé devant le comportement scandaleux de cet enfant ingrat, il lui asséna une violente claque, envoyant Alestro à terre. Mais plutôt que de calmer l’enfant, la gifle sembla l’enrager ; ses yeux n’étant pas remplis de larmes, mais d’une haine sans borne, entièrement vouée à son ancêtre.
C’est le Major - dont les hurlements lui avaient sans doute rappelé l’existence de son fils -qui intervint pour mettre fin à la dispute. Si Alestro ne sut rien de la conversation qui suivit entre les deux adultes, il ne revit plus le Général et sa charge de travail fut grandement diminuée.
Les mois qui suivirent furent un véritable soulagement pour Alestro. Libéré de cette énorme pression, il put commencer à se comporter un peu comme un enfant. Pouvant de nouveau voir sa mère plus librement et passant énormément de temps avec elle, il put découvrir à ses côtés l’astronomie et de vieux dessins animés de l’Ancien Monde d’où semblait provenir le surnom affectueux que sa mère lui donnait : « Astro ». Même son père, qui n’avait jusque-là était qu’une vague présence dans sa vie, semblait être plus présent. C’est aussi à cette période qu’Alestro découvrit le domaine qui allait passionner sa vie : la Technologie. S’il l’avait déjà étudié en surface avec ses anciens précepteurs, ceux-ci avaient toujours préféré lui enseigner l’histoire, la géopolitique et la stratégie militaire. Se passionnant pour cette science, il put découvrir les joies d’apprendre un domaine le captivant véritablement.
Reprenant la cadence de travail à laquelle il était habitué - mais cette fois de sa propre volonté - Alestro ne tarda pas à réaliser ses premières inventions. Il ne lui fallut pas beaucoup plus longtemps pour gagner ses premiers prix scientifiques. La passion l’animant et le faisant travailler d’arrache-pied l’empêcha de voir les signes avant-coureurs de ce qui allait se passer. En effet, ce dernier ne remarquait pas les distances que sa mère semblait prendre avec lui, que ce soit par son nombre de visites décroissant peu à peu ou bien par la durée de plus en plus courte de celles-ci. Ainsi, lorsque sa mère disparut, ce fut un véritable choc pour Astro qui vécut très mal ce deuil. Son père, redevenu aussi absent qu’avant, n’aida pas non plus Astro à se remettre. Celui-ci se retrouvant ainsi une nouvelle fois condamné à la solitude.
Refusant d’abandonner cette idée de famille qu’il avait cru avoir, il décida qu’il réussirait à attirer l’attention du Major quoiqu’il en coute. La devise d’Atolcost était « Discipline et travail acharné triomphent de toutes les difficultés ». Et ni la discipline, ni le travail acharné ne lui avait un jour fait peur.
Ainsi, Alestro continua d’apprendre tous les secrets de la Technologie. Mettant sans cesse au point de nouvelles inventions, celles-ci lui rapportèrent toujours plus de prix. Mais, cela ne semblait pas remonter jusqu’aux oreilles du Major ; celui-ci n’étant encore jamais venu à une seule de ses remises de prix. Visant toujours plus haut, le jeune Boldwin se répétait malgré tout qu’il y aurait bien un moment où le Major réussirait à prendre le temps de venir le féliciter. Il finit par gagner presque tous les prix scientifiques pour enfant d’Atolcost, sans que le Major ne soit venu à aucun d’entre eux. Alors âgée de 11 ans, Alestro décida de s’inscrire au plus prestigieux de tous les concours : GAIA Junior. Travaillant jour et nuit, durant les 6 mois qui suivirent, il continua jusqu’à être en mesure de recréer un moteur en tout point identique à celui qu’il avait imaginé en rêve. Sans toutefois recréer le tricycle qui l’accompagnait. Cette fois, cela allait marcher. Le Major ne pouvait pas rater cet événement, pour la simple et bonne raison que c’était lui que le présidait.
Lorsque l’on annonça sa victoire, c’est un Alestro plein de confiance qui s’apprêta à faire face à la foule. Mais, lorsqu’il reçut son prix, il ne put que remarquer que la place d’honneur était vide. Le Major n’était pas venu.
Cette absence ne put que faire comprendre à Alestro l’évidence. Ni la meilleure des disciplines, ni le travail le plus acharné ne pourrait lui valoir l’attention du Major. Face à la responsabilité de Fabula tout entier, il ne pouvait pas gagner. Vider de toute énergie, il demanda à sa tutrice de rentrer, ne souhaitant pas parler à qui que ce soit et abandonnant son trophée derrière lui. Il rentra chez lui dans l’une des voitures de fonction du Major, l’esprit embrumé par de sombres pensées.
Puis la voiture fut engouffrée dans une explosion.
Aujourd’hui encore, Alestro n’est pas certain de quelle fut la cause de cette explosion. Ses souvenirs de l’incident étant extrêmement flous. Que cela soit une attaque de la voiture qui aurait dû contenir le Major, une attaque envers sa personne, un simple accident ou bien l’éveil de sa Morale : toute les options semblaient crédibles. Les seuls souvenirs d’Alestro sont une immense lumière venant lui transpercer l’œil droit, pendant que son corps se faisait déchiqueter par l’explosion. Puis, une sensation de vide semblant l’engouffrer.
Malheureusement, il survécut. Se réveillant dans une chambre d’hôpital, il était entouré de médecins et de machines. Lorsqu’il vit son corps, il hurla sans discontinuer pendant cinq minutes en se débattant pendant que les médecins retenaient ses membres robotiques.
Son deuxième réveil fut marqué, quant à lui, par un mutisme complet. Le choc semblait l’avoir comme déconnecté de la réalité, le laissant passer des heures dans son lit inerte, regardant le plafond. Cela dura plusieurs semaines au long desquelles il ne prononça pas un seul mot. Si petit à petit Alestro recommença à s’intéresser à son entourage et à parler, l’accident semblait l’avoir changé aussi bien physiquement que mentalement. Ayant toujours été un garçon ouvert et aimant discuter, il s’était renfermé ; préfèrant les réponses courtes voir monosyllabiques. Semblant dégouté par son corps robotique, il développa une véritable haine des améliorations. Celles-là mêmes lui ayant pourtant sauvé la vie.
Cette profonde volonté de ne pas accepter ce qu’il était devenu compliqua énormément la vie des médecins. Le mental d’un patient avait un impact immense sur son rétablissement, et Alestro ne semblait pas vouloir guérir. Pire, sa Morale ayant commencé à se manifester depuis l’accident semblait comme décidée à détruire le jeune Boldwin de l’intérieur. De nombreuses fois, ses organes internes semblaient imploser et les pertes de membres devenait fréquentes. Pourtant, jamais l’une des rares parties encore en chair d’Alestro ne semblait être victime de sa Morale. Les médecins théorisant que le rejet psychologique d’Alestro pour ses améliorations était la source des explosions répétées.
Se servant de l’amour du garçon pour la technologie et de sa curiosité maladive, les médecins réussirent à le convaincre d’apprendre le fonctionnement de son nouveau corps. Cela poussa Alestro à apprendre le fonctionnement de ses améliorations, ainsi que les différentes façons de les rendre plus fonctionnelles. Il n’était alors pas rare de le voir démonter son propre bras, ou bien même de retirer son œil mécanique de son orbite pour l’observer avec l’autre.
Petit à petit, le moral d’Alestro commença à remonter. La présence de Cathéna, un chat robot qu’il avait construit le soulageait quelques peu de la solitude. De même, si son père n’était encore jamais passé le voir, une jeune femme aux cheveux blancs et à la tenue militaire immaculée venait régulièrement prendre de ses nouvelles au nom du Major. Si la socialisation entre les deux semblait pour le moins complexe, ses entrevues faisaient malgré tout du bien à Alestro qui se trouvait souvent plus serein les jours qui suivaient une visite de l’Agent Dugivre.
Pour combler son temps libre, le jeune garçon reprit encore une fois son rythme de travail acharné. Laissant pleinement s’exprimer sa curiosité, il commença en parallèle de ses recherches scientifiques à apprendre tout sujet qui captivait son attention, que cela soit l’histoire de l’Ancien Monde ou bien la géopolique Fabulienne. Si le sujet était suffisamment complexe, Alestro se plongeait dedans jusqu’à le comprendre. Nul besoin de devenir expert en tout, mais il détestait profondément ne pas saisir quelque chose.
Les années passant, et Alestro s’approchant de la majorité, il savait que bientôt il aurait l’autorisation médicale de sortir de cette chambre. Il se prépara pour sa future sortie en apprenant la conduite de nombreux véhicules via simulateur. Puis, après avoir rigoureusement analysé les possibilités qui s’offraient à lui, il décida de partir voyager. Ayant été enfermé la plupart de sa vie pour sa sécurité ou sa santé, il était bien décidé à explorer Fabula pour enfin découvrir le monde qu’il avait tant étudié. Sa première destination serait Loisiria, afin de réaliser un vieux rêve d’enfance.
Mais Fabula semblait avoir d’autres projets pour lui. Suite à la vague de chaleur qui frappa soudainement le monde, il découvrit à la fois que les amis qu’il voyait une fois l’an étaient bel et bien réels ; mais qu’il était aussi une sorte d’élu de la prophétie choisi pour sauver le monde, ou plus particulièrement Automaton pour son cas.
La suite des événements fut une succession de moments étranges qui mirent les nerfs et le corps d’Alestro à l’épreuve. Retrouvailles avec son père, attaque de casino présidentiel, rencontre avec un Cavalier de l’Apocalypse et autres événements s’enchainèrent, ne laissant que rarement le temps de souffler à Alestro. Pourtant, ces aventures semblent lui faire du bien. La proximité avec des amis contribue petit à petit à faire sortir Alestro de sa coquille, laissant même réapparaitre parfois celui qu’il était avant l’incident.
Plus récemment encore, une rencontre avec une paire de jumeaux semble pousser Alestro à abandonner sa neutralité politique et philosophique afin d’assumer le rôle qu’il aura à jouer ; que cela soit en temps qu’Hériter de saison ou bien en tant que Boldwin.
Il ne sera sans doute jamais capable comme le Major de porter seul le poids de Fabula sur ses épaules.
Mais rien ne l’oblige à le faire seul.