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L’origine de la magie demeure l’un des plus grands mystères de Fabula. Les raisons de sa création, sa véritable utilité, ses limites… Le nombre de questions entourant cette force invisible et pourtant omniprésente sur le continent d’Hivrian semble aussi infini qu’elle ne l’est elle-même. Ce champ des possibles ne demandant qu’à être exploré, les premières écoles spécialisées dans le domaine apparurent sur Fort-Brillant aussitôt après que cette dernière fut maniée par l’Homme pour la première fois. Initialement réservées à l’élite Gévaudienne, afin d’éviter tout risque d’insubordination du bas peuple une fois sa maîtrise acquise, Herbert Stiglitz demeure l’un de ses membres contemporains les plus éminents. Initialement accepté en tant qu’élève - officiellement pour obtenir un niveau d’éducation à la hauteur d’un homme de son rang - le jeune prodige fut tellement passionné par ce sujet d’étude qu’il devint finalement Directeur de l’Académie de Magie des Terres du Nord.
Fils aîné de la noble famille Stiglitz, régnant de génération en génération sur la baronnie d’Hannemian, au Nord-Est du Royaume, il était évident que ce dernier n’aurait d’autre choix que de reprendre à son tour le flambeau. Le raffinement, l’élégance et les compétences intellectuelles du jeune homme ne laissaient aucun doute quant à son appartenance à la Caste Supérieure. Chose qui semblait aller de pair avec toutes les responsabilités découlant directement de sa position. Or, tous tombèrent des nues, lorsque ce dernier abandonna son titre de noblesse pour poursuivre ses études, malgré le décès de son paternel.
En effet, il était alors parfaitement hors de question que le jeune enchanteur, fraichement nommé professeur à l’Académie, abandonne ses recherches sur la magie pour se soumettre à une tradition qu’il jugeait aussi stupide et rétrograde que contre-productive. S’il fut amplement critiqué, raillé et discrédité par les siens pour son choix, il ne tint dans un premier temps aucunement compte de leurs réactions. Considérant que ces mauvaises langues étaient trop obnubilées par leurs pratiques dépassées pour pouvoir réellement comprendre toute l’importance de cette force infinie qui les dépasse tous ; Stiglitz laissa son cadet hériter du poste de feu son père, coupant alors tout lien avec le reste de sa famille. En réponse à ce refus, ces derniers lui coupèrent l’accès à leur trésorerie. Cette punition, bien qu’attendue, condamna les travaux en cours d’Herbert qui ne purent trouver les financements suffisants pour être menés à bien. Dès lors, une haine profonde et viscérale pour son ancienne caste naquit en lui, remplaçant son précédent mépris. De tels arriérés ne méritaient de toute façon pas de jouir de ses découvertes sur la magie. Seulement, loin de se laisser abattre par ce soudain retour de bâton, cette difficulté nouvelle servirait de moteur à celui qui serait plus tard surnommé « Le Faucon Merlin » ; poussant ce dernier à toujours continuer de s’accrocher à sa vocation envers et contre tout.
Puis, vint la Seconde Tempus Belli. Alors âgé d’une quarantaine d’années, l’érudit vit en ce conflit une atrocité sans nom qui lui permettrait de montrer tout l’intérêt de ses recherches. Profitant du prestige de sa position d’enseignant chercheur au sein de l’Académie de Magie des Terres du Nord, Herbert put faire parvenir l’une des ses missives au responsable de la logistique de l’opposition incarnée par Fort-Brillant. Ce dernier n’étant autre qu’un jeune seigneur dénommé : Straffius Van Arthur. Dans cette dernière, le professeur proposait au Paon de lui offrir toute l’aide et les connaissances nécessaires pour lutter au mieux contre les assauts magiques des forces royales Gévaudiennes. En échange, il ne lui demandait rien de plus que de financer l’élaboration et la concrétisation de ses propositions pour la protection de la Cité-État. Bien que ce Straffius semblait cocher toutes les cases du noble stéréotypé qu’il détestait tant, Stiglitz savait que ce dernier n’était pas en position de refuser une quelconque aide. Surtout lorsque les plus grands mages étaient mobilisés de force par l’Armée de la Bête de Gévaudan pour renforcer leurs rangs. Et effectivement, le Faucon Merlin vit juste puisqu’il reçut une réponse positive du Paon le soir même de l’envoi de sa missive.
Se joignant ainsi aux forces de Fort-Brillant, l’enchanteur au monocle immaculé se montra rapidement à la hauteur de sa réputation. Bénéficiant de l’appui économique des Van Arthur pour mener à bien les recherches qu’il n’avait pas pu finaliser plus tôt ; ce dernier proposa des dispositifs, des plans ainsi que des sortilèges afin de contrer les attaques les plus récurrentes des assaillants Gévaudiens. Tantôt enchanteur défendant la Cité à l’aide d’objets qu’il animait à distance, tantôt stratège étudiant les maléfices ennemis pour proposer des contres efficaces ; Stiglitz semblait cumuler bien des postes. Chose qui n’était pas pour déplaire le Paon, bien au contraire. Voyant le potentiel que cet érudit représentait, Straffius commença d’ailleurs à se rapprocher de plus en plus de ce dernier, effaçant graduellement l’image négative qu’il pouvait avoir de lui du fait de son rang pour ne laisser apparaître que celle d’un généreux mécène prêt à continuer de financer ses projets futurs en échange de quelques petits services.
Et il tint parole. En effet, une fois la guerre terminée et Herbert de retour à l’Académie ; il ne fallut pas attendre bien longtemps avant que lui soit proposé le poste de Directeur de cette même Académie. Straffius, alors fraichement nommé Régent des Terres du Nord, avait en effet joué de ses relations pour inciter l’ancien directeur à abandonner ses fonctions. Dès lors, il fallait bien que la place vacante soit occupée par quelqu’un d’expérimenté et qui connaissait l’École de Magie comme sa poche. Acceptant ce nouveau poste avec un plaisir certain, le Faucon Merlin fut depuis ce jour à jamais reconnaissant au Pilier de la Ruse pour tout ce qu’il avait fait pour lui. Obtenant régulièrement des financements de sa part, en échange de trouvailles magiques révolutionnaires ; l’Académie des Terres du Nord ne s’était jusqu’alors jamais aussi bien portée. Considérée comme l’un des établissements les mieux cotés du Royaume et bénéficiant d’une image particulièrement reluisante suite à la récente victoire de Raimond de Blafardian lors du dernier Grand Tournoi des 4 Écoles ; Herbert semblait avoir carte blanche pour mener à bien toutes les recherches qu’il voudrait. Considérant les quelques services magiques rendus à son mécène comme un juste échange, Stiglitz obtint finalement de ce dernier le prestigieux titre de Maître Enchanteur. Tout ce qu’il eut à faire pour cela fut d’accepter de mettre ses capacités à son entier service. Bien sûr, le Directeur accepta.
Cette accréditation, en plus de représenter la plus haute distinction qu’un adepte de la magie puisse un jour espérer détenir, était la preuve d’une réelle reconnaissance apportée par la Couronne à ses recherches. Et à ses yeux, cela n’avait pas de prix. Plus que le titre en lui-même, le Faucon Merlin espérait que cette nouvelle preuve de confiance que lui accordait la famille Van Arthur lui permettrait de mettre en place au sein de son établissement les changements qu’il attendait d’instituer depuis si longtemps. En effet, ce dernier comptait ouvrir l’Académie de Magie des Terres du Nord à toutes et tous. Y compris aux roturiers. À ses yeux, quiconque ayant eu droit à la vie a droit aux connaissances sur la magie, indépendamment de la strate sociale, du sexe ou de la couleur de peau. Cette force étant liée à la vie elle-même sur le continent de l’Hiver - et les nobles lui ayant déjà prouvé par le passé qu’ils ne méritaient en rien d’en détenir le monopole - Stiglitz ne pouvait comprendre pour quelles raisons le peuple n’aurait pas droit à cette éducation. En réponse à cette initiative, Straffius Van Arthur fut intransigeant. Radicalement opposé à l’idée de son Maître Enchanteur, ce dernier pointa : « le danger du nombre de gueux dépourvu de la moindre éducation qui deviendraient incontrôlables si chacun d’entre eux apprenait à manier un tel pouvoir ». Pouvoir que le Faucon Merlin définît lui-même comme étant : « sans limite », par ailleurs. Si l’opposition fondamentale entre les deux hommes resta durant plusieurs années inchangées ; devant les demandes répétées de Stiglitz, le Pilier de la Ruse lui fit une nouvelle proposition. Il l’autoriserait à accepter dans son Académie un petit pourcentage d’étudiants issus du bas peuple triés sur le tas, en échange de son entrée au sein de son conseil restreint personnel. Ce qui signifiait qu’il se devrait d’être présent sur place, dans son palais, chaque fois qu’il ferait appel à lui ; n’ayant ainsi que faire de ses impératifs du moment.
Universaliste convaincu, Herbert accepta. Ce dernier préférait voir les portes de la connaissance magique s’ouvrir au plus grand nombre et abandonner toute forme d’intimité et de temps libre plutôt que l’inverse. De plus, son couple battait de l’aile ces derniers temps et cette nouvelle position serait la justification parfaite pour échapper à son épouse et aux nombreux hommes qu’elle ramenait à la maison en son absence. Cette dernière était une ancienne collègue professeure de magie à l’Académie, à l’époque où ils exerçaient encore la même profession. Une fine mélomane aussi bonne pédagogue que magicienne qui fit chavirer le cœur du vieil érudit en un claquement de doigts. Il faut dire qu’ils se ressemblaient tellement tous les deux… À la différence près qu’ils étaient de parfaits opposés. En bon maniaque de l’hygiène qu’il était, le Faucon Merlin ne pouvait même plus supporter d’être enfermé dans la même pièce que sa femme qui gâchait sa ravissante beauté par sa saleté et ses mauvaises manières. Désordonnée et chaotique là où ce dernier était rangé et méticuleux ; alcoolique et séductrice là où il était un buveur d’eau pudique ; les raisons des disputes incessantes entre eux étaient multiples et variées. Au moins, Straffius Van Arthur saurait utiliser un couteau et une fourchette, lui, au lieu de manger avec les doigts.
Alternant ainsi quotidiennement entre son rôle de Directeur d’Académie de Magie et celui de proche conseiller du Pilier de la Ruse ; Herbert Stiglitz prit rapidement goût à cet enchaînement de responsabilités. Ces positions étaient certes exigeantes, mais elles étaient celles pour lesquelles il était prêt à consacrer tout son temps et toute son énergie puisqu’elles étaient celles qu’il avait choisi… Enfin, que Lord Straffius avait choisi pour lui. Mais qu’il avait accepté en son âme et conscience. Du moins, c’est ce qu’il se disait. Quoiqu’il en soit, il cherche aujourd’hui encore à sauver son ancien mécène du sort tragique qui l’attend dans l’actuelle guerre de succession pour le Trône de Fort-Brillant. Pour ce faire, le manieur de toutes les magies a accepté de se plier au plan du « Goupil », en rejoignant officiellement le camp des Loyalistes de la « Wyverne Rouge », tandis que son comparse « L’Escargot » offrait ses services aux Légitimistes du « Dragon Noir ». C’est d’ailleurs grâce aux valeurs d’ouverture et de partage des connaissances au tiers-états qu’il défendit toute sa vie, ainsi qu’à sa haine des nobles traditionnalistes qu’il fut si facilement accepté par le seigneur Xavier « la Pieuvre » à ses côtés, en dépit de son allégeance initiale. Reste encore à savoir jusqu’où le vieillard au monocle sera prêt à aller pour conserver sa couverture.